Le congrès annuel de l’Acfas, grand-messe de la science québécoise, s’est ouvert lundi. La Presse attire l’attention sur quelques-uns des sujets discutés. Parmi les présentations, virtuelles cette année, plusieurs examinent les effets de la pandémie sous différents angles. Aujourd’hui : grossesse, jeunesse et complotistes.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Grossesse et anxiété

Les femmes qui étaient enceintes durant la pandémie étaient deux fois plus susceptibles que la normale d’avoir des symptômes de dépression et d’anxiété. Telle est la conclusion de chercheurs de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), qui ont comparé 500 femmes enceintes interviewées avant la pandémie et 1250 femmes interrogées en ligne en avril 2020. « On a vu le même phénomène dans d’autres crises, par exemple celle du verglas en 1998 », explique Nicolas Berthelot, psychologue à l’UQTR. Mais les effets chez le bébé n’étaient perceptibles que chez les mères qui ont continué à être anxieuses ou déprimées après l’accouchement. « On a évalué la capacité du bébé à interagir à 2 mois », précise M. Berthelot. Les études sur le verglas ont montré des effets sur le fœtus pour les mères anxieuses durant le premier trimestre de grossesse, même si elles ne l’étaient plus à la naissance. Mais l’échantillon de M. Berthelot ne permettait pas une telle analyse par trimestre. Autres conclusions importantes, les variables les plus importantes pour prédire quelles femmes enceintes allaient être plus affectées par la pandémie étaient un historique de dépression ou d’anxiété, de mauvais traitements (sévices sexuels, par exemple) durant l’enfance et une grande consommation médiatique, par exemple le visionnement quotidien des conférences de presse de François Legault.

PHOTO HANNAH BEIER, ARCHIVES REUTERS

Selon des chercheurs de l’UQTR, les femmes qui étaient enceintes durant la pandémie étaient deux fois plus susceptibles que la normale d’avoir des symptômes de dépression et d’anxiété.

Pour mettre en pratique ces informations, M. Berthelot et son équipe ont mis sur pied un programme de rencontres de groupe virtuelles pour femmes enceintes affectées par la pandémie. « L’objectif est de les aider à briser l’isolement », dit Gabrielle Duguay, étudiante au doctorat qui travaille avec M. Berthelot. « Beaucoup de femmes enceintes ont l’impression que la COVID-19 leur a volé leur grossesse. Par exemple, il n’y a pas de shower. »

La santé mentale des jeunes

Les 14-24 ans ont quatre fois plus de symptômes de dépression ou d’anxiété que les plus de 65 ans, selon une étude auprès de 3000 Québécois qui seront suivis pendant plusieurs années. « Les jeunes sont inquiets de leur réussite scolaire, près de la moitié ont des problèmes de motivation à cause de la pandémie », explique Annie Leblanc, de l’Université Laval, qui dirige l’étude Mavipan. Mme Leblanc collige les stratégies d’adaptation à la pandémie et veut mettre sur pied des interventions pour éviter que l’accumulation d’anxiété ne provoque des problèmes graves de santé mentale.

Le mystère des complotistes

Qui sont les complotistes ? Même si Olivier Champagne-Poirier a interrogé 2000 Canadiens à propos des diverses théories du complot entourant la COVID-19, des armes biologiques à la 5G en passant par une cabale de l’industrie pharmaceutique, le professeur de communication de l’Université de Sherbrooke ne peut pas tracer le portrait-robot du conspirationniste moyen. « Il n’y a pas de variable sociodémographique fortement associée à la croyance aux théories du complot, dit M. Champagne-Poirier. Ils sont surtout associés à un manque de confiance envers les experts et les mesures de santé publique. » Selon ses calculs, 23 % de la population canadienne accorde au moins un peu de crédit aux théories du complot. Parmi les cinq questions posées aux participants, on trouvait notamment l’énoncé « j’estime qu’il existe un lien entre la technologie 5G et le coronavirus ». En moyenne, les participants donnaient une note de 2,29 sur 10 à la véracité de cette thèse, mais 4,9 % des participants lui ont attribué une note supérieure à 8 sur 10. Chacune des cinq questions a un tel pointage de 10, ce qui donne une « échelle de tendance complotiste » sur 50. Une autre étude présentée à l’Acfas, par Thomas Poder de l’École de santé publique de l’Université de Montréal, apporte une pierre supplémentaire à l’édifice de la compréhension du complotisme. « Les gens qui sont très hésitants à se faire vacciner contre la COVID-19 ont un sentiment plus faible de contrôle, de satisfaction et de compréhension de leur vie », dit M. Poder.

Pour ou contre les vaccins

M. Poder a décelé des différences faibles, mais significatives, entre les gens qui sont décidés à se faire vacciner et ceux qui ne veulent pas ou sont fortement hésitants. Il y a un moins grand revenu familial et un moins haut niveau d’instruction, il y a un peu plus de femmes, et un peu plus de fumeurs, notamment, dit M. Poder. Il a aussi déterminé les préférences des Canadiens en matière de vaccins contre la COVID-19 : ils préfèrent un taux d’efficacité d’au moins 80 %, une durée de protection d’au moins neuf mois, et un vaccin fabriqué ici, aux États-Unis, en Europe ou au Japon, se méfiant notamment des vaccins chinois et russe. Le taux d’efficacité des trois vaccins approuvés au Canada devrait être supérieur à 90 %.

L’hésitation vaccinale en chiffres

10 % des Canadiens n’envisagent pas de se faire vacciner contre la COVID-19

40 % des Canadiens sont décidés à se faire vacciner contre la COVID-19

70 000 $ : revenu du ménage chez les Canadiens qui sont décidés à se faire vacciner contre la COVID-19

50 000 $ : revenu du ménage chez les Canadiens qui sont décidés à ne pas se faire vacciner contre la COVID-19, ou qui hésitent fortement

Source : étude de Thomas Poder, de l’École de santé publique de l’Université de Montréal