Depuis plus d’un an maintenant, science rime le plus souvent avec pandémie. Or, le 88e congrès de l’Acfas, qui démarre ce lundi, présentera toute la semaine plus de 2500 communications scientifiques sur des enjeux d’actualité, dont une grande partie touche à d’autres aspects de nos vies. La Presse décortique trois d’entre elles, entre inondations et ciel étoilé.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Stress post-traumatique et inondations

Les inondations de 2019 dans le sud du Québec ont fait bien plus que des dommages matériels. « Plus l’eau a monté, plus il y a eu de pièces inondées, plus il y a de risques d’avoir un trouble de santé mentale » chez ceux qui ont été touchés par les crues printanières, conclut la Dre Mélissa Généreux, au terme d’une enquête menée par des chercheurs de l’Université de Sherbrooke, de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et de l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

L’enquête s’est intéressée à un aspect plus méconnu de la tragédie : la détresse psychologique des sinistrés. De huit à dix mois après les évènements, 3437 ménages vivant en zones inondées ont accepté de répondre à un questionnaire préparé par la Dre Généreux et son équipe. Parmi les sondés, on retrouvait notamment 587 ménages de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, plus durement touchés par la crue printanière.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Une étude s’est penchée sur la détresse psychologique vécue par les sinistrés des inondations printanières de 2019.

Aux fins de l’enquête, trois catégories ont été établies : les personnes inondées, qui ont déclaré au moins une pièce habitable inondée, les personnes perturbées, qui ont eu une aire non habitable inondée ou qui ont subi une interruption de services et, finalement, les personnes non affectées, même si elles habitaient dans une ville touchée par les inondations.

Près d’un an après les évènements de 2019, « les personnes qui ont été inondées et celles qui ont été perturbées par les inondations étaient significativement plus nombreuses à avoir des problèmes de santé mentale que celles qui n’ont pas été exposées aux inondations », a constaté la Dre Généreux, qui est aussi professeure à l’Université de Sherbrooke et coordonnatrice du programme Santé au consortium Ouranos.

Ainsi, presque la moitié (44 %) des personnes inondées présentaient des symptômes modérés à graves de stress post-traumatique, contrairement à 14,6 % pour les personnes perturbées par les inondations et 3 % pour les non-affectés. On a aussi répertorié plus de détresse psychologique (38 %), de troubles anxieux (20 %) et de troubles de l’humeur (19,5 %) chez les personnes inondées.

Si les évènements en soi constituent une source évidente de stress, l’équipe a aussi déterminé plusieurs facteurs de stress secondaires susceptibles d’affecter la santé mentale des sinistrés, comme un soutien moral jugé insuffisant, des assurances ne couvrant pas les inondations ou encore le fait d’avoir à recourir à un emprunt bancaire.

« Pour certains, les stresseurs secondaires, c’est comme une deuxième catastrophe. Ça peut mener à une détresse importante », signale d’ailleurs la Dre Mélissa Généreux.

Cependant, contrairement aux inondations, sur lesquelles on n’a aucun contrôle, on a plus d’emprise sur ces stresseurs secondaires, ajoute celle qui était directrice de santé publique de l’Estrie au moment de la tragédie de Lac-Mégantic.

C’est d’ailleurs l’une des conclusions de l’étude, soit de renforcer les différentes mesures sociales et économiques après un tel drame. « Des gens peuvent rester avec des problèmes de santé très longtemps après un tel évènement », conclut Mélissa Généreux.

Le compteur tourne…

La question des inondations dans le contexte des changements climatiques fait l’objet de plusieurs autres présentations cette année au congrès de l’Acfas. Mathieu Boudreault est professeur de mathématiques à l’UQAM et il s’est intéressé à une nouvelle mesure du programme d’aide financière aux sinistrés qui introduit depuis 2019 une couverture limitée à vie pour les inondations successives.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis les inondations de 2019, les réclamations pour une même propriété sont considérées selon une couverture limitée à vie dans certains cas.

Depuis 2019, chaque inondation n’est plus traitée de façon indépendante pour établir les dommages qui peuvent être remboursés aux sinistrés. Pour une personne qui a reçu une aide financière du gouvernement du Québec cette année-là, « le compteur a commencé à tourner », explique Mathieu Boudreault. Ainsi, si de nouvelles inondations causaient d’autres dommages à la même propriété, les futures réclamations seront déduites de la limite à vie de 100 000 $. Les sinistrés auront alors le choix de toucher une indemnité supplémentaire pour être relocalisés ou prendre le risque que d’éventuels dommages au fil des ans ne viennent pas gruger la totalité de la somme limite.

Quels sont ces risques ? C’est ce qu’a voulu savoir Mathieu Boudreault avec son étude sur les coûts des inondations sur un horizon de 25 ans. Premier constat : une maison située dans une zone inondée tous les 20 ans ou moins a 70 % plus de risques d’être inondée que les autres sur une période de 25 ans, et 35 % plus de risques d’être inondée plus d’une fois.

Pour une maison de 250 000 $ où l’eau entre par le sous-sol, les coûts totaux moyens sur 25 ans sont estimés à 50 000 $ avec une probabilité de 10 % qu’ils dépassent 100 000 $. Pour une propriété de même valeur, où l’eau entrerait directement au premier niveau, les coûts moyens passent à 175 000 $, avec 70 % de risques qu’ils excèdent la limite.

« Je trouvais que ça avait passé sous le radar en 2019 [ces nouvelles dispositions], mais c’est important parce que ça peut représenter un risque financier », signale Mathieu Boudreault. Des risques d’inondations qui pourraient d’ailleurs augmenter dans certaines régions du Québec en raison des changements climatiques.

Voir les étoiles en plein cœur de Sherbrooke

Deux professeurs du cégep de Sherbrooke, spécialisés dans l’étude de la pollution lumineuse, ont décidé de mettre en commun leurs connaissances pour concrétiser un projet destiné à rendre visible la Voie lactée en plein cœur de Sherbrooke.

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE

Une étude s’est attaquée à la pollution lumineuse dans le parc du Mont-Bellevue, à Sherbrooke, pour rendre le ciel étoilé plus visible.

Pour y arriver, les professeurs Johanne Roby et Martin Aube se sont attaqués à la source du problème : l’éclairage urbain dans le parc du Mont-Bellevue et ses alentours. Ils ont d’abord fait l’inventaire des sources de pollution lumineuse. Ensuite, avec l’appui de la municipalité, du cégep, de l’Université de Sherbrooke et de l’Université Bishop’s, ils ont remplacé des centaines de sources lumineuses avec des ampoules de 1500 K, qui diffusent une lumière moins vive.

Grâce à une campagne de sociofinancement, ils ont également acheté des ampoules qui seront remises aux résidants d’un quartier près du mont Bellevue, « dans l’espoir d’en faire un quartier modèle », souligne Johanne Roby en entrevue avec La Presse.

« D’ici un mois, on aura atteint notre objectif, ajoute Mme Roby, qui signale l’extraordinaire collaboration du public. On a même des commerçants qui ont embarqué dans le projet. »

La professeure de chimie ne cache pas, d’ailleurs, son enthousiasme face à ce projet. « On veut que Sherbrooke devienne la première ville au monde à avoir de bonnes pratiques d’éclairage. »

Il ne restera plus alors qu’à aller observer les étoiles au sommet du mont Bellevue par un beau soir d’été.

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