Le vaccin contre la COVID-19 pourrait-il aider les patients qui souffrent de « COVID longue » ? C’est ce que pensent plusieurs spécialistes de cette catégorie controversée de victimes de la pandémie. Une virologue américaine cherche à organiser un essai clinique pour en avoir le cœur net.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Une étude et un sondage

Les preuves que la vaccination aide les patients souffrant de « COVID longue » sont pour le moment très minces. « C’est logique, sur le plan immunologique », explique Lekshmi Santhosh, une pneumologue qui dirige l’unité de suivi des patients ayant des symptômes à long terme de la COVID-19 à l’Université de Californie à San Francisco. « Le problème, c’est que la COVID longue touche surtout les moins de 50 ans qui, pour le moment, ont rarement accès au vaccin. Il y a eu une très petite étude et un sondage auprès d’un groupe de patients. Mais de manière anecdotique, on entend parler de patients qui ont eu une amélioration de leurs symptômes après deux doses de vaccin. » L’étude, mise en ligne en mars sur le site de prépublication scientifique MedRxiv, portait sur 66 patients rapportant des symptômes de la COVID longue, les deux tiers ayant reçu deux doses de vaccin. Les pneumologues de l’hôpital de North Bristol, en Angleterre, rapportent qu’il n’y a ni amélioration ni aggravation des symptômes, après un suivi d’un mois après la deuxième dose. Le sondage du groupe britannique de patients Long COVID SOS rapporte que le quart des 345 personnes ont eu une amélioration des symptômes deux semaines après la première dose. La Dre Santhosh estime que la COVID longue peut être appelée ainsi quand les symptômes durent plus d’un mois, chez un patient qui n’est pas hospitalisé. Il s’agit surtout d’une fatigue extrême et d’un malaise généralisé. Il n’est pas encore clair quels symptômes de la COVID longue sont atténués par le vaccin.

PHOTO FOURNIE PAR L’UCSF

La Dre Lekshmi Santhosh, pneumologue, qui dirige l’unité de suivi des patients ayant des symptômes à long terme de la COVID-19 à l’Université de Californie à San Francisco.

Réservoir et fantômes

À l’Université Yale, la virologue Akiko Iwasaki a proposé en janvier sur MedRxiv trois possibilités pour expliquer la COVID longue. Premièrement, un « réservoir » où le virus peut se cacher et échapper au système immunitaire. Deuxièmement, des fragments du SARS-CoV-2, le coronavirus responsable de la COVID-19, qui errent dans le corps des patients et créent des « infections fantômes » parce qu’elles ne sont pas reconnues par le système immunitaire. Enfin, une réaction auto-immune. Le vaccin pourrait théoriquement aider si l’une des deux premières hypothèses est responsable de la COVID longue, selon Denyse Lutchmansingh, une pneumologue qui dirige la clinique de COVID longue de Yale et connaît bien la Dre Iwasaki, qui décline en ce moment les demandes d’entrevue par manque de temps. « Elle est en train de voir s’il est possible de faire une étude clinique pour tester tout ça, et voir s’il est possible d’avoir un modèle animal de la COVID longue pour tester des hypothèses », dit la Dre Lutchmansingh. De son côté, elle a entendu plusieurs patients rapporter que leurs symptômes de COVID longue empiraient après la première dose de vaccin puis diminuaient après la deuxième.

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ YALE

La Dre Akiko Iwasaki, virologue à l’Université Yale, cherche à organiser un essai clinique pour déterminer si le vaccin contre la COVID-19 peut aider les patients qui souffrent de « COVID longue ».

Anxiété et oxygénation

Une controverse entoure la COVID longue. « Il n’est pas encore clair si c’est réellement un type de COVID-19, ou alors si c’est dû à l’anxiété et à la convalescence, au fait d’avoir été longtemps alité, dit la Dre Santhosh. Personnellement, je fais intervenir plusieurs spécialistes de toute façon, parce que si la COVID longue existe bel et bien, il y a des conséquences dans plusieurs domaines, notamment pour la santé mentale. » La Dre Lutchmansingh, elle, pense que la COVID longue est bien réelle. « Oui, la COVID-19 a des effets neurologiques qui peuvent ressembler à ceux de la COVID longue, dit la pneumologue de Yale. Mais nous avons fait un test invasif, une mesure d’oxygénation par la veine du cou, et nous avons constaté des anomalies qui sont semblables au syndrome de fatigue chronique. Je pense que nous n’avons tout simplement pas trouvé le bon test pour diagnostiquer la COVID longue. »

PHOTO FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ YALE

La Dre Denyse Lutchmansingh, pneumologue, qui dirige la clinique de COVID longue de l’Université Yale.

La COVID longue en chiffres

13,3 % des patients rapportent des symptômes de COVID-19 pendant plus de quatre semaines

4,5 % des patients rapportent des symptômes de COVID-19 pendant plus de huit semaines

2,3 % des patients rapportent des symptômes de COVID-19 pendant plus de 12 semaines

Source : Nature Medicine, JAMA