(Arecibo) Le célèbre radiotélescope d’Arecibo sur l’île américaine de Porto Rico, utilisé par les astronomes du monde entier et qui avait permis de découvrir les premières planètes en orbite autour d’une autre étoile que le Soleil, s’est effondré mardi après 57 ans de service.

Ricardo ARDUENGO avec Ivan COURONNE à Washington
Agence France-Presse

« La plateforme s’est écroulée de manière non planifiée », a dit à l’AFP Rob Margetta, porte-parole de la Fondation nationale des sciences américaine, qui finance l’observatoire.

Deux câbles soutenant les 900 tonnes des instruments du télescope sur une plateforme au-dessus de la parabole de 305 mètres de diamètre avaient rompu le 10 août et le 6 novembre, pour une cause inconnue. La chute des câbles avait troué la parabole.

Le télescope avait ensuite été jugé trop instable et non-réparable, et l’institution avait pris la décision de démolir la structure. Les accès étaient interdits depuis dans la crainte d’un effondrement soudain, ce qui s’est finalement produit peu avant 8 h heure locale mardi.

« C’est un désastre absolu », a réagi, ému, le professeur Abel Méndez, directeur du laboratoire habitabilité planétaire de l’université de Porto Rico à Arecibo, auprès de l’AFP.

« Nombre d’étudiants se formaient à l’astronomie dans l’observatoire, c’est ce qui leur donne l’inspiration de faire une carrière en sciences ou en astronomie, comme moi », poursuit le professeur Méndez.

Tous les astronomes de la planète pouvaient demander une portion de temps du radiotélescope pour faire leurs observations, à distance. « Même de Chine », dit Abel Méndez.

Contrairement aux télescopes optiques, les radiotélescopes fonctionnent jour et nuit, même par temps couvert.

« Icône de notre île »

Arecibo était aussi un des principaux radars pour observer les astéroïdes s’approchant de la Terre dans le cadre du programme de défense planétaire de la NASA. L’agence spatiale américaine a accès à au moins un autre radar, mais moins puissant.

C’est aussi un triste symbole de la dégradation de la situation sur le territoire américain, en quasi-faillite, durement frappé ces dernières années par des ouragans et dont les infrastructures tardent à être reconstruites. Même si on ignore à ce stade la cause de la rupture des câbles.

« La perte d’Arecibo est une grande perte pour le monde, mais encore plus pour Porto Rico. C’est une icône de notre île », se lamente Abel Méndez.

Arecibo était si mythique qu’il était le lieu du film « Contact », dans lequel une astronome jouée par Jodie Foster utilisait l’observatoire dans sa quête de signaux extraterrestres.

Une scène d’action du film de James Bond GoldenEye s’était déroulée au-dessus du télescope.

Le radiotélescope était l’un des plus grands au monde. En 1992, c’est grâce à lui que les premières exoplanètes, hors du système solaire, avaient été découvertes.

Les premières cartes de la surface de Vénus ont été réalisées grâce à lui.

Les astronomes savaient depuis plusieurs semaines que la liste des découvertes astronomiques d’Arecibo ne s’allongerait plus. Beaucoup partageaient leur tristesse mardi sur Twitter.

« Merci pour ton service, mon frère », a tweeté son confrère, de l’autre côté de l’Atlantique, le télescope de Grande Canarie.