Malgré un vent d’optimisme propulsé par le dévoilement de résultats préliminaires liés aux essais cliniques de vaccins contre la COVID-19, des virologues rappellent qu’il reste encore beaucoup de travail à accomplir avant une éventuelle campagne de vaccination.

Bob Weber
La Presse Canadienne

« On serait porté à croire que rendu à cette étape de la pandémie on serait plus méfiant et sceptique face à des annonces scientifiques par communiqué de presse », ironise Ross Upshur de l’École de santé publique Dalla Lana associée à l’Université de Toronto.

« Les données publiées sont des données provisoires, renchérit Alyson Kelvin de l’Université Dalhousie. Les essais sont toujours en cours. »

Deux fabricants, Pfizer et Moderna, ont récemment annoncé que leurs vaccins étaient efficaces à 95 %. Ces déclarations ont fait bondir les marchés boursiers et ont poussé des politiciens à réclamer une distribution rapide à grande échelle faisant souffler un vent d’optimisme dans la population éprouvée par les mesures sanitaires.

Mais un instant, disent des experts.

Un vaccin efficace à 95 % ne veut pas dire qu’il protège 95 % des personnes qui le reçoivent. Cela veut plutôt dire que les personnes qui l’ont reçu avaient 95 % moins de chance de contracter le virus.

« C’est une comparaison relative », observe Ross Upshur.

De plus, il reste une tonne de données qui doivent être révisées de manière indépendante, et rien de tout cela n’a encore été rendu disponible. Les chercheurs doivent s’assurer que rien dans le processus scientifique n’est venu fausser les résultats.

C’est important d’avoir accès aux véritables données pour vérifier si, par exemple, des sujets qui ont reçu le placebo étaient davantage à risque de contracter la maladie.

Alyson Kelvin, virologue de l’Université Dalhousie

Elle explique que la phase 3 des essais cliniques implique d’imposantes cohortes pouvant rassembler 40 000 personnes et qu’elle dure normalement jusqu’à trois ans. La durée prolongée permet de s’assurer qu’on ne voit pas d’effets indésirables à long terme.

Ross Upshur fait remarquer qu’un taux d’efficacité de 95 % est exceptionnellement élevé. Il ajoute que ces données sont particulièrement étonnantes compte tenu du fait qu’il s’agit de nouvelles technologies, de nouveaux vaccins, qu’on n’a jamais vu un taux d’efficacité aussi élevé et que la médecine n’a pas une grande histoire de succès avec les virus respiratoires.

Les deux fabricants Pfizer et Moderna ont déposé des demandes d’approbation d’urgence aux États-Unis afin d’accélérer l’utilisation de leur vaccin respectif.

Cela leur permettrait d’injecter une véritable dose de vaccin à tous les participants de la prochaine phase d’essai, sans groupe de contrôle, empêchant du même coup de mesurer sa véritable efficacité.

Une erreur, tranche Ross Upshur. Un effet secondaire qui n’affecte qu’une personne sur 15 000 se trouve grandement amplifié lorsque vous vaccinez des milliards d’individus.

L’expert de l’Université de Toronto insiste sur l’importance de laisser le processus scientifique suivre son cours. Il mentionne que les agences de santé publique n’ont surtout pas besoin d’une autre raison d’alimenter le doute envers la sécurité des vaccins.

Ross Upshur et ses collègues virologues sont conscients de la pression qui pèse sur les fabricants pour produire un vaccin contre la COVID-19. Cependant, il martèle qu’il ne faut pas bâcler le travail afin de s’assurer que la solution ne soit pas pire que la maladie.