La COVID-19 augmente les risques d’accouchement prématuré chez les femmes enceintes, qui sont aussi plus souvent touchées gravement par l’infection, selon de nouvelles données dévoilées cette semaine par les Centres de contrôle des maladies (CDC) du gouvernement américain. Le risque est plus marqué que ce ne le montrait une méta-analyse britannique publiée précédemment.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Le taux de mortalité me semble pas mal supérieur à ceux des études précédentes, a commenté Isabelle Boucoiran, obstétricienne-gynécologue au CHU Sainte-Justine. Il faut se souvenir que le système de santé est très différent aux États-Unis, ça peut expliquer la mortalité supérieure. Et dans une situation où on n’a pas de dépistage systématique, on fait varier le dénominateur. »

La Dre Boucoiran a notamment cité une revue de littérature publiée dans le British Medical Journal (BMJ), qui montrait un taux de mortalité trois fois moins élevé que les chiffres des CDC (0,3 % contre 0,1 %), de même que des chiffres moins graves pour les admissions aux soins intensifs (4 % contre 7,4 %) et l’utilisation de ventilation invasive (3 % contre 3,8 %). Par contre, le taux de naissances prématurées était plus élevé dans l’étude du BMJ que dans celle des CDC (17 % contre 13 %). Comparé au risque normal de naissance prématurée, celui des parturientes ayant la COVID-19 était trois fois plus élevé, mais le risque de mort du bébé n’était pas plus grand, selon l’étude du BMJ.

Retrait préventif

Début septembre, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a décidé qu’il n’était plus nécessaire de placer les enseignantes enceintes en retrait préventif, pour les protéger de la COVID-19.

« Avec ces nouvelles études américaines, il faut que le gouvernement sonne l’alarme et demande à l’INSPQ de revoir les normes de retrait préventif », tonne Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), à qui La Presse a demandé de commenter les études des CDC.

Il y a une pénurie d’enseignantes, alors on privilégie le système plutôt que la santé des femmes.

Sonia Éthier, présidente de la CSQ

« Garder une distance de deux mètres, il ne faut pas avoir mis les pieds dans les écoles pour penser que c’est possible. Et mettre les femmes enceintes derrière un mur de plexiglas si on ne peut respecter le deux mètres, c’est ridicule. »

La Dre Boucoiran estime que les nouvelles recommandations de l’INSPQ sur le retrait préventif « semblent extrêmement sécuritaires. Il faut qu’il y ait un écran en permanence entre les femmes et le public ». Elle note toutefois que les femmes enceintes ont de manière générale plus d’infections respiratoires, entre autres parce que leur système immunitaire est modifié pour qu’elles ne rejettent pas le fœtus et parce que leur volume respiratoire est réduit à cause de la compression des poumons.

7 %
Proportion des femmes enceintes ayant un test positif à la COVID-19, avec le dépistage universel
Source : British Medical Journal

Obésité et diabète

Idéalement, le retrait préventif tiendrait compte d’autres facteurs de risque que la grossesse. « Il ressort de cela qu’il y a plus de COVID sévère chez les femmes qui étaient obèses, hypertendues ou diabétiques avant la grossesse, ou qui ont plus de 35 ans, dit la Dre Boucoiran. Mais pour le gouvernement, c’est difficile de faire en sorte que les mesures s’adaptent à toutes ces caractéristiques-là. »

Est-ce que le diabète de grossesse est aussi un facteur de risque ? « Ce n’est pas tout à fait pareil, parce que le diabète atteint les vaisseaux et les nerfs, au fil des années », dit la Dre Boucoiran.

Quelles sont les questions encore à étudier en ce qui concerne la grossesse et la COVID-19 ? « La transmission à l’enfant semble possible, mais très rare, dit la Dre Boucoiran. Il faut avoir plus de données sur le risque d’accouchement prématuré et d’autres complications comme la prééclampsie, qui semble aussi plus fréquente. On sait que le SRAS en 2003 augmentait le risque d’accouchement spontané et de complications respiratoires. »

L’obstétricienne montréalaise va diriger le volet québécois d’une étude canadienne de la séroprévalence de la maladie chez les femmes enceintes, c’est-à-dire la proportion des femmes enceintes qui ont des anticorps contre le SARS-CoV-2, coronavirus responsable de la COVID-19. « On va utiliser les données de dépistage de certaines infections comme le VIH ou la syphilis, et de la trisomie 21 », dit la Dre Boucoiran.