Des chercheurs de McGill contestent les études concluant que la pollution atmosphérique aggrave la COVID-19. Ils avancent que cela cache le scandale de la mortalité plus élevée dans les quartiers défavorisés. L’une des chercheuses ayant publié ces études liant pollution et gravité de la COVID-19 se défend.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Quand j’ai vu ces études liant pollution et complications de la COVID-19, j’ai tout de suite pensé qu’elles étaient mal faites », explique Mark Goldberg, épidémiologiste à l’Université McGill, qui est l’un des coauteurs de l’étude publiée cette semaine dans la revue Environmental Health Perspectives. « Elles ont toutes d’ailleurs en commun d’avoir été publiées sur des sites de prépublications. Aucune revue avec comité de lecture ne les a encore acceptées. »

L’une de ces études, faite par des chercheurs de l’Université Harvard, conclut par exemple que chaque augmentation d’un microgramme par mètre cube de particules fines de moins de 2,5 micromètres (PM2,5), une mesure de la pollution atmosphérique, augmente le risque de mourir de la COVID-19 de 8 %.

Yu Yizhou, étudiante au doctorat d’origine montréalaise à l’Université de Cambridge, en Angleterre, n’est pas d’accord avec la conclusion de M. Goldberg. « Son article dit seulement qu’il y a des limites méthodologiques à notre étude et aux autres qui ont été faites sur la pollution et la COVID-19, dit Mme Yu. Les auteurs disent que les études écologiques sur des régions contiennent moins d’informations que les études avec des données individuelles. C’est vrai. D’ailleurs, notre étude combine des données régionales et individuelles. L’article ne reconnaît pas vraiment cela. »

Le mécanisme liant pollution et risque de complications de la COVID-19 est « plausible », dit M. Goldberg. « Mais ce sont des instantanés. Il faudrait idéalement suivre dans le temps des gens qui habitent dans des villes plus ou moins polluées, pour savoir vraiment s’il y a un lien de causalité. »

Obésité, cardiopathies et diabète

« Les travaux qui ont conclu que l’obésité, les cardiopathies et le diabète sont des facteurs de risque de complications de la COVID-19 ne sont-ils pas basés sur des études populationnelles similaires ? « Oui, c’est vrai, on n’inclut pas tous les gens dans ces études sur les facteurs de risque comme l’obésité », dit M. Goldberg, qui émet ainsi des doutes sur ces autres études populationnelles, parce qu’elles ne permettent pas d’avoir un portrait global de la situation réelle.

Parler de tous ces facteurs de risque occulte le réel problème de la pandémie, selon le chercheur : elle touche et affecte davantage les milieux défavorisés. « On l’a vu à Montréal, les quartiers où il y avait plus de problèmes étaient Montréal-Nord et d’autres quartiers défavorisés. »