Des cardiologues de l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) ont présenté la fin de semaine dernière à un congrès européen de nouveaux résultats sur la colchicine, médicament contre la goutte qui est utilisé depuis longtemps et qui coûte trois fois rien.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Des résultats comme ça, on voit ça une fois par siècle », explique Jean-Claude Tardif, cardiologue à l’ICM. « Un collègue hollandais qui présentait d’autres données impressionnantes sur la colchicine me disait qu’on change l’histoire de la médecine, qu’il faudra revoir toutes les lignes directrices. »

La colchicine a des effets cardioprotecteurs parce qu’elle diminue l’inflammation. Pour cette même raison, le DTardif a lancé en avril une étude sur la colchicine pour traiter la COVID-19, qui devrait donner des résultats préliminaires d’ici la fin de septembre.

L’étude hollandaise est importante parce qu’elle porte sur des patients ayant des antécédents de maladie coronarienne, contrairement à l’étude du DTardif parue l’an dernier, qui se penchait sur des gens qui venaient de faire une crise cardiaque. Chez les patients hollandais, donc certains n’avaient eu qu’une coronarographie à la suite de douleurs ou d’essoufflement, le risque de crise cardiaque ou d’AVC était diminué de 31 % dans les deux ans de suivi. La réduction est comparable à celle observée par le DTardif.

Les trois études présentées au congrès de la Société européenne de cardiologie par le DTardif portaient sur l’administration plus rapide, dans les trois jours après une crise cardiaque, de colchicine, sur l’impact pour les patients recevant une endoprothèse, ainsi que sur les facteurs génétiques prédisposant à des réactions négatives à la colchicine. Dans les deux premiers cas, l’effet cardioprotecteur de la colchicine est encore plus important. Et les — rares — effets secondaires négatifs de la colchicine, essentiellement gastro-intestinaux, semblent liés à un gène aussi impliqué dans la maladie de Crohn, qui est auto-immune et vise aussi le système gastro-intestinal.

« Ce sont des résultats très importants pour les cliniciens, dit le DTardif. Nous allons maintenant nous pencher sur l’impact cardioprotecteur chez les patients atteints de diabète de type 2, qui ont un risque accru d’évènement cardiaque. »

L’étude de patients ayant un haut taux de cholestérol, actuellement traités avec des statines, des médicaments causant des douleurs musculaires chez une proportion non négligeable de patients, est aussi au menu.

Le risque de cardiopathie est élevé chez les patients ayant déjà eu un évènement ou faisant de l’athérosclérose. Dans l’étude hollandaise, 9,6 % des patients du groupe placebo ont eu un évènement cardiaque dans les deux ans de suivi, contre 6,8 % pour les patients traités avec la colchicine.

Étude Colcorona sur la COVID-19

L’étude Colcorona sur la COVID-19 a-t-elle été compliquée par les autorisations prématurées de médicaments aux États-Unis, sous la pression du président Donald Trump ? « On avait peur, mais il ne l’a pas mentionnée, dit le DTardif. On a des participants aux États-Unis, on commence dans deux jours au Brésil, la semaine prochaine en Colombie, on est en Espagne et en Afrique du Sud, on commence bientôt en Israël. »

Le DTardif est sorti ébranlé de sa lecture du document récent de l’Agence pharmaceutique américaine (FDA) qui autorisait le plasma convalescent pour traiter la COVID-19. « Il n’y avait pas de groupe contrôle, je n’ai jamais vu ça. Ça me rappelle les débuts du sida, quand il y avait des manifestations contre les études avec groupe contrôle. Si on ne fait pas ça de manière rigoureuse, on n’aura jamais les réponses. »