Que faire pendant un printemps de confinement où l’on doit rester chez soi le plus possible ? Le Regroupement QuébecOiseaux a incité les Québécois à sortir dans leur cour ou à regarder par la fenêtre pour observer les oiseaux. Un exercice qui a mené à quelques surprises.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Observer les oiseaux… chez soi

PHOTO DANIEL AUGER, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Bruant chanteur

Mois de mars dernier. Alors que la COVID-19 commence à frapper le Québec, le bureau du scientifique en chef du Québec passe un coup de fil au Regroupement QuébecOiseaux pour lui offrir de financer une activité qui inciterait les Québécois à découvrir les oiseaux à partir de chez eux. Ça tombe bien. Chez QuébecOiseaux, on vient alors de se résoudre à annuler le Grand Défi QuébecOiseaux – un marathon d’observation de 24 heures qui se fait par équipes et entraîne des déplacements partout au Québec, donc très peu recommandé en période de confinement. C’est ainsi que naît l’initiative « Des oiseaux à la maison ». Les règles du jeu : observer les oiseaux de chez soi et dresser la liste de ses découvertes sur une plateforme électronique appelée eBird.

Entre science et découverte

« Oui, c’est un projet scientifique parce qu’on a récolté des données. Mais il y avait aussi des avantages collatéraux qui étaient vraiment intéressants », dit Marie-Hélène Hachey, coordonnatrice des programmes de science participative au Regroupement QuébecOiseaux. Les objectifs sont donc aussi d’initier les Québécois à l’ornithologie et à la science participative. En tout, 780 Québécois ont répondu à l’appel. « J’ai entendu des gens qui disaient : ‟On est pris chez nous, mais au moins, on peut regarder des oiseaux.” D’autres nous ont dit : ‟La semaine dernière, je ne savais même pas ce qu’était un bruant, et maintenant, je suis capable d’en identifier quatre ou cinq !” », raconte Mme Hachey. Le virus de la COVID-19 n’y a sans doute pas pensé avant de débarquer, mais le confinement printanier est tombé en plein pendant une période intéressante pour l’ornithologie, nombre d'oiseaux migrateurs étant alors de retour ou de passage chez nous.

Des oiseaux communs…

Entre le 3 avril et le 15 mai, les participants ont observé 180 espèces d’oiseaux différentes. Voici le palmarès des oiseaux les plus fréquemment observés à partir des maisons québécoises.

1- Merle d’Amérique

PHOTO FRANCIS BOSSÉ, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Merle d'Amérique

2- Mésange à tête noire

PHOTO PIERRE BANNON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Mésange à tête noire

3- Chardonneret jaune

PHOTO MICHEL BORDELEAU, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Chardonneret jaune

4- Bruant chanteur

PHOTO FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Bruant chanteur

5- Corneille d’Amérique

PHOTO PIERRE BANNON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Corneille d'Amérique

6- Quiscale bronzé

PHOTO PIERRE BANNON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Quiscale bronzé

7- Étourneau sansonnet

PHOTO SUZANNE LABBÉ, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Étourneau sansonnet

8- Pic mineur

PHOTO FRANCIS BOSSÉ, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Pic mineur

9- Cardinal rouge

PHOTO FRANCIS BOSSÉ, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Cardinal rouge

10- Carouge à épaulettes

PHOTO PIERRE BANNON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

Carouge à épaulettes

Et des surprises !

À travers ces oiseaux communs, les ornithologues amateurs ont parfois fait des découvertes surprenantes. Des espèces dites en péril ont été observées, dont l’aigle royal, le hibou des marais, le grèbe esclavon, le garrot d’Islande, le martinet ramoneur, la grive des bois et le goglu des prés. Un flamboyant oriole masqué solidement égaré a même été aperçu – l’espèce se retrouve généralement au Mexique et dans le sud-ouest des États-Unis.

  • Hibou des marais

    PHOTO MICHEL LAMARCHE, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Hibou des marais

  • Oriole masqué (photographié à Blainville)

    PHOTO FRANCINE PETITCLERC, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Oriole masqué (photographié à Blainville)

  • Grèbe esclavon

    PHOTO JÉRÔME SOTTIER, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Grèbe esclavon

  • Garrot d'Islande

    PHOTO YANN KOLBEINSSON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Garrot d'Islande

  • Grive des bois

    PHOTO ALAIN HOGUE, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Grive des bois

  • Goglu des prés

    PHOTO PIERRE BANNON, FOURNIE PAR QUÉBEC OISEAUX

    Goglu des prés

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Dans la mesure du possible, les experts ont validé les observations des ornithologues amateurs. Une entrée concernant un merle noir, par exemple, a été retirée. L’espèce est principalement européenne, et en l’absence de photo, il apparaissait bien improbable qu’elle ait été observée au Québec. Des oiseaux hybrides, provenant de l’accouplement entre deux espèces, ont aussi été observés par les ornithologues à la maison : bruant familier croisé avec bruant des champs, canard colvert croisé avec canard noir, oie des neiges croisée avec bernache du Canada.

Des participants actifs

Si certains observateurs ont participé à l’exercice de manière sporadique, d’autres s’y sont investis à fond. Avec 387 heures d’observation, Diane Robertson gagne la palme de l’assiduité. François Saint-Onge a publié le plus de listes d’observation (168) tandis que Denis Desjardins a observé le plus grand nombre d’oiseaux (1349). Lise Laflamme et Nicholas Barden se partagent le prix du plus grand nombre d’espèces différentes observées (79).