Trois sondes s’envoleront d’ici la fin de juillet pour la planète rouge : Al-Amal, une sonde orbitale des Émirats arabes unis, Mars 2020 de la NASA et la deuxième sonde chinoise, Tianwen. Cette frénésie martienne se déroule sur fond de rivalité militaire sino-américaine dans l’espace.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Un échantillon martien

IMAGE NASA

Impression d’artiste du rover Perseverance

La sonde Mars 2020, dont le lancement est prévu le 30 juillet, transportera un rover, Perseverance, et un hélicoptère, Ingenuity. Celui-ci fera quelques tests pour voir si la technologie est adaptée à la planète rouge. Le rover Perseverance est équipé d’un radar pouvant pénétrer à 10 m de profondeur et d’un microphone qui, pour la première fois, pourra retransmettre des sons entendus sur Mars. Mais la caractéristique qui frappe l’imagination est un compartiment où seront stockées entre 20 et 40 carottes de sol martien, qui devraient être récupérées par une sonde commune de l’Agence spatiale européenne et de la NASA, pour un retour sur Terre entre 2026 et 2030.

IMAGE ADMINISTRATION SPATIALE 
NATIONALE CHINOISE

Vue d’artiste de la sonde Tianwen

Un radar unique

La mission chinoise Tianwen (qui signifie « questions célestes ») suit Yinghuo (« luciole »), lancée en 2012, qui faisait partie de la mission russe Phobos et n’avait jamais atteint Mars. « C’est une mission très ambitieuse, avec un orbiteur, un atterrisseur et un rover », explique Dean Cheng, responsable du programme spatial chinois à l’Heritage Foundation à Washington. « Le rover aura un radar très puissant, qui pourra sonder à 100 m de profondeur pour trouver de l’eau. Ça n’a jamais été fait. » Tianwen devrait décoller entre le 20 et le 25 juillet. « Si elle réussit, la mission Tianwen devrait ouvrir une nouvelle course spatiale », estime Brian Harvey, spécialiste irlandais des programmes spatiaux, qui a publié deux livres sur le programme spatial chinois. « La Chine veut ramener un échantillon martien entre 2028 et 2030, à peu près en même temps que le projet occidental. »

IMAGE FOURNIE PAR L’ADMINISTRATION SPATIALE NATIONALE CHINOISE

Impression d’artiste du satellite chinois Queqiao (pont de la pie), situé au point lagrangien 2 (L2) qui permet de communiquer avec la face cachée de la Lune.

Guerre antisatellite

Comme lors de chaque lancement important de la Chine, la possibilité qu’une nouvelle technologie spatiale soit utilisée à des fins militaires a été avancée. « La Chine a suscité beaucoup de méfiance avec un test de missile antisatellite en 2007, explique M. Cheng. Il est certain que le lanceur de Tianwen, Longue Marche 5, a une utilité militaire certaine à cause de sa grande charge utile. Je ne crois pas que le seul but du programme spatial chinois soit de cacher des applications militaires. Mais il est certain que la mission lunaire Change-4, qui a atterri sur la face cachée, a par exemple nécessité la mise en orbite d’un relais de communication très loin de la Terre, au point lagrangien 2 (L2). Aucune autre nation n’a de satellite à L2 et il serait très difficile pour les États-Unis de frapper ou de contrer un satellite aussi lointain. »

Débris spatiaux

La collaboration sino-américaine dans l’espace devait prendre son envol, sur le modèle de la mission Apollo-Soyouz, grâce à une entente négociée sous l’administration Obama en 2016. « Il devait y avoir des discussions régulières entre les programmes civils », dit Frank Rose, spécialiste de la militarisation de l’espace à l’Institut Brookings à Washington. « Finalement, la seule avancée est que nous pouvons prévenir directement l’agence spatiale chinoise quand un débris menace un de leurs satellites. Avant, il fallait faire une boucle compliquée par le département d’État, notre ambassade à Pékin et leur ministère des Affaires étrangères. On ne savait jamais si le message se rendait à destination. » En 2007, le test de missile antisatellite effectué par la Chine avait créé 3500 nouveaux débris, dont plus de 2000 sont encore en orbite.

IMAGE FOURNIE PAR L’AGENCE SPATIALE DES ÉMIRATS ARABES UNIS

Impression d’artiste de la sonde martienne Al-Amal

Une première arabe

L’orbiteur Al-Amal (espoir) des Émirats arabes unis devrait normalement être lancé le 14 juillet du Japon. « Peu de détails ont été rendus publics, il semble que ce soit en partie un désir d’établir une présence arabe dans l’espace, dit M. Harvey. Les Émirats ont envoyé leur premier astronaute dans l’espace l’automne dernier. La première mission indienne, Mangalyaan [véhicule martien] en 2013, avait aussi en partie pour but de battre la Chine dans la course spatiale. » M. Cheng estime que la sonde des Émirats arabes unis montre que les missions spatiales se démocratisent. M. Harvey note toutefois que les récentes missions lunaires indienne et israélienne ont connu des échecs.

IMAGE ESA

Le rover Rosalind Franklin d’ExoMars 
pourra creuser à deux mètres de profondeur.

Un report européen

La mission russo-européenne ExoMars devait aussi décoller cette année, mais l’Agence spatiale européenne a eu des problèmes avec le parachute qui devait freiner la descente de son rover Rosalind Franklin. « Il a fallu reporter le lancement de deux ans, parce que la fenêtre de lancement pour Mars ne revient que tous les 25 mois », explique M. Harvey. C’est la deuxième fois qu’une mission martienne russo-européenne connaît des pépins : en 2016, la sonde Schiaparelli avait eu des problèmes à l’atterrissage sur la planète rouge.

Mars 2020 en chiffres

687 jours

Durée minimale de la mission du rover Perseverance de Mars 2020, soit une année martienne

152 m/h

Vitesse maximale du rover Perseverance

30 jours

Durée minimale des tests de l’hélicoptère Ingenuity de Mars 2020

36 km/h

Vitesse maximale de l’hélicoptère Ingenuity

Source : NASA

IMAGE NASA

Mars croquée par Mariner 4

Mars au fil des ans

1964

Premier survol, par la sonde américaine Mariner 4, après plusieurs tentatives soviétiques

1971

Premier atterrissage réussi, par la sonde soviétique Mars 3, qui cesse de fonctionner après 20 secondes.

IMAGE NASA

Impression d’artiste d’une sonde Viking

1975

Les sondes américaines Viking 1 et 2 se posent sur Mars et envoient des données pendant cinq et sept ans.

PHOTO NASA

Le rover américain Sojourner

1997

Le rover américain Sojourner explore la surface pendant trois mois, parcourant 100 m.

PHOTO NASA

Autoportrait du rover Opportunity

2003

Les rovers américains Opportunity et Spirit explorent la surface pendant 7 et 15 ans, Opportunity parcourant au total 45 km.

IMAGE NASA

Le rover américain Curiosity

2012

Le rover américain Curiosity explore la surface, ayant à ce jour parcouru 21 km.

Source : NASA