(Montréal) Les patients hospitalisés en raison du coronavirus et qui ont reçu de l’hydroxychloroquine (ou de la chloroquine) présentaient un risque de décès nettement plus élevé que les autres, prévient une nouvelle étude publiée par le journal médical The Lancet.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

L’hydroxychloroquine est un antipaludéen dont le président américain Donald Trump a fréquemment vanté les mérites pour combattre la pandémie. Il a récemment révélé en prendre lui-même à titre préventif.

Mais après avoir analysé les dossiers de tout près de 100 000 patients répartis sur six continents, le docteur Mandeep Mehdra, de l’Université Harvard, et ses collègues en viennent à la conclusion que ce traitement semble mettre la survie des patients en péril.

Les patients qui avaient reçu de l’hydroxychloroquine étaient aussi plus à risque de souffrir d’une forme d’arythmie cardiaque susceptible de provoquer une mort soudaine.

Des experts cités par différents médias de la planète croient que cette analyse rétrospective assène un coup mortel à l’utilité de l’hydroxychloroquine face à la COVID-19.

« Je ne sais même pas pourquoi on parlait encore de ce médicament-là, a renchéri le chef de médecine à l’Institut de cardiologie de Montréal, le cardiologue Peter Guerra. Du début c’était des rapports anecdotiques, les études préliminaires ne semblaient pas suggérer de bénéfice, et là on a une étude qui démontre clairement une mortalité augmentée. »

Résultats préoccupants

Environ 15 000 des quelque 96 000 patients inclus dans cette étude ont été soignés avec de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine, soit seules, soit en combinaison avec des antibiotiques de la classe des macrolides.

Les résultats sont inquiétants.

Les patients qui ont reçu de l’hydroxychloroquine ont vu leur risque de mortalité augmenter de 34 % et leur risque d’arythmie bondir de 137 % ; ces hausses étaient, respectivement, de 45 % et de 141 % si on ajoutait un antibiotique au traitement.

Dans le cas de la chloroquine, le risque de décès grimpait de 37 % et celui d’arythmie de 256 % (37 % et 301 % avec un antibiotique).

« Ces médicaments-là sont tous connus pour avoir des effets au niveau des rythmes cardiaques, a dit le docteur Guerra. Ça change la façon dont les courants électriques passent dans le cœur et ça peut donner lieu à des rythmes cardiaques dangereux […] qui peuvent mener à une mort subite. »

La Food and Drug Administration des États-Unis a dernièrement publié des lignes directrices très strictes concernant l’utilisation de l’hydroxychloroquine à l’extérieur des centres hospitaliers ou des essais cliniques.

Quelques études ont aussi récemment jeté un doute sur l’utilité de l’hydroxychloroquine dans la lutte contre le coronavirus, en plus de mettre en relief les dangers qui y sont associés, mais d’autres études se poursuivent malgré tout.