(Montréal) Un anti-inflammatoire disponible sur le marché depuis des décennies semble réduire le risque de nouvel événement cardiovasculaire chez les patients qui ont subi une crise cardiaque, indique une vaste étude internationale pilotée par des chercheurs de l’Institut de cardiologie de Montréal.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Les conclusions de cette étude ont été dévoilées simultanément samedi matin par le prestigieux New England Journal of Medicine et lors d’une session du congrès scientifique de l’American Heart Association.

« On a compris dans les dernières années que les blocages des artères du cœur ne sont pas quelque chose de passif, comme de la rouille dans un tuyau. C’est beaucoup plus dynamique et il y a une composante d’inflammation significative là-dedans, a expliqué le chercheur principal de l’étude, le docteur Jean-Claude Tardif. L’hypothèse de cette étude était que réduire l’inflammation après une crise cardiaque pourrait bénéficier aux patients en termes de moins d’événements cardiaques comme des réhospitalisations pour de l’angine, des dilatations coronariennes, des accidents vasculaires cérébraux et ainsi de suite. »

L’étude COLCOT a été menée dans 167 hôpitaux de douze pays, auprès de 4745 patients qui avaient fait une crise cardiaque. En plus des traitements habituels, certains de ces patients ont reçu de la colchicine, un anti-inflammatoire disponible depuis des décennies et qu’on utilise habituellement pour traiter la goutte et la péricardite (une inflammation de l’enveloppe du cœur).

Les autres ont reçu un placebo.

« Le résultat est quand même passablement excitant, a dit le docteur Tardif. Les patients qui recevaient la colchicine, par rapport au placebo, avaient une réduction de 23 % du critère primaire d’efficacité [c’est-à-dire] la combinaison d’effets cardiovasculaires, arrêt cardiaque, crise cardiaque, accident vasculaire cérébral ou la nécessité d’hospitaliser un patient pour de l’angine qui a mené à un besoin de rouvrir l’artère avec un ballon ou avec des pontages. »

Qui plus est, quand les chercheurs ont examiné ce que le docteur Tardif appelle « le fardeau total des événements », ils ont constaté chez les patients ayant reçu de la colchicine une réduction de 34 % de l’ensemble de ce type d’événements.

Enfin, chez les patients ayant adhéré « religieusement » au protocole, c’est une réduction de 29 % des événements qui a été vue dans le groupe ayant reçu de la colchicine.

Le docteur Tardif et ses collègues en viennent donc à la conclusion que l’ajout de la colchicine au traitement standard réduit le risque d’événements cardiovasculaires après une crise cardiaque.

Les données seront maintenant revues par différentes agences réglementaires, comme la puissante Food and Drug Administration des États-Unis.

« Mais lorsque ce sera approuvé, je n’ai pas de doutes que la colchicine va aider les patients et devrait être administrée aux patients qui ont fait une crise cardiaque pour réduire leur récidive d’événement », a dit le docteur Tardif.