Et si l’explosion d’une étoile, il y a 2,6 millions d’années, avait poussé l’ancêtre de l’homme à marcher sur deux pattes ? Des astrophysiciens américains croient que les radiations d’une supernova pourraient avoir bouleversé le climat de notre planète et placé l’homme sur le chemin de l’intelligence.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

La météo interstellaire

La météo terrestre est faiblement influencée par la variabilité de l’activité du Soleil. Et, normalement, pas du tout par celle des autres étoiles. Mais parfois, une étoile très massive à proximité devient une supernova et envoie des doses massives de radiations qui interagissent avec notre atmosphère. « On voit des traces de ces interactions avec la concentration dans les sédiments d’un isotope du fer, le 60Fe », explique Adrian Melott, astrophysicien émérite de l’Université du Kansas, l’auteur principal de l’étude publiée ce printemps dans le Journal of Geology. « Nos modélisations montrent que des supernovas situées à moins de 150 années-lumière de la Terre pourraient être liées à des extinctions massives survenant à peu près à toutes les 27 millions d’années. L’effet est amplifié par la tendance des supernovas à survenir en chaîne. Les étoiles massives naissent souvent en groupe, non loin l’une de l’autre, et ont une évolution similaire. »

Savane et bipédie

M. Melott étudie depuis quelques années une chaîne de supernovas situées à 150 années-lumière de la Terre, qui sont survenues voilà deux à huit millions d’années. « C’est à peu près le moment où la savane a remplacé la forêt dans l’est de l’Afrique. Ça pourrait être lié à une augmentation du nombre d’orages, et, donc, des incendies de forêt, à cause des supernovas. Or, une hypothèse sur l’apparition de la bipédie est qu’elle a été rendue nécessaire par la nécessité de marcher sur de plus longues distances pour se nourrir dans la savane, par rapport à la forêt. Certains lient même bipédie et intelligence. » Michelle Drapeau, anthropologue spécialiste de la bipédie à l’Université de Montréal, estime que le lien entre savane et bipédie est loin d’être prouvé. « On avait abandonné cette hypothèse, mais, ces dernières années, on pense que peut-être il y avait des oasis de savane qui ont pu jouer un rôle, probablement pas prédominant, mais réel tout de même, dans l’apparition de la bipédie », dit Mme Drapeau. Le lien entre bipédie et intelligence est encore plus ténu. « L’intelligence apparaît plusieurs millions d’années après la bipédie », dit Mme Drapeau.

Orages et ionisation

L’essentiel du travail de M. Melott a été de modéliser l’effet sur l’atmosphère terrestre des particules des supernovas. « Il est assez évident que ça augmente l’ionisation de la haute et probablement aussi de la basse atmosphère, dit l’astrophysicien du Kansas. Et s’il y a plus d’ionisation, il y a plus d’orages, il y a plus de foudre. » Dans une autre étude, publiée fin 2018 dans la revue Astrobiology, M. Melott a étudié un autre effet des radiations des supernovas, l’effet direct sur la mortalité, et a avancé qu’une extinction massive de la mégafaune vivant dans les eaux côtières peu profondes, voilà 2,6 millions d’années, a pu être liée à la même supernova. Les mégalodons, des requins de 20 mètres popularisés dans un film d’action l’an dernier, sont disparus à ce moment.

Un remède aux changements climatiques ?

Certains climatosceptiques avancent que le réchauffement de la planète lié à la consommation d’énergies fossiles pourrait être contrecarré par une supernova. M. Melott est-il de cette école ? « Non, il n’y a pas de précurseurs de supernovas assez près. Le réchauffement actuel est causé par l’homme et la météo interstellaire n’aura pas d’impact pour des millénaires. » Se pourrait-il qu’un précurseur de supernova se cache derrière un trou noir isolé non détecté ? « S’il y avait un trou noir à moins de 150 années-lumière, il serait trop petit pour cacher un précurseur de supernova », explique Brian Thomas, astrophysicien de l’Université Washburn, au Texas, qui collabore depuis quelques années avec M. Melott et est notamment coauteur de son étude du printemps. « De toute façon, à cause de l’effet lentille gravitationnelle, un trou noir assez gros pour cacher un précurseur de supernova le rendrait plus visible, pas moins. » Une lentille gravitationnelle est la courbure des rayons d’une étoile par un obstacle situé entre l’étoile et un observateur. Certaines exoplanètes ont été détectées de cette façon.

L’a b c des supernovas

Les supernovas surviennent en quelques millisecondes, selon Brian Thomas. Elles surviennent probablement fréquemment dans l’Univers, mais aucune n’avait été détectée à l’œil nu dans la Voie lactée avant une supernova située dans le Grand Nuage de Magellan, en 1987. Cette supernova était située à 170 000 années-lumière de la Terre. Une supernova située à 150 années-lumière de la Terre met quelques centaines d’années avant d’avoir un impact sur son atmosphère.

600

Distance en années-lumière de la Terre du plus proche précurseur de supernova, situé dans la constellation d’Orion

20

Nombre de supernovas survenues à moins de 1000 années-lumière de la Terre depuis 11 millions d’années

2 à 3

Nombre de supernovas qui surviennent chaque siècle dans la Voie lactée

Sources : Université Washburn, NASA