Pour les astronomes du monde entier, c’est un cadeau de Noël venu du ciel – littéralement. Baptisée 2I/Borisov, la première comète provenant de l’extérieur du système solaire à avoir été repérée, est parmi nous. Et c’est pendant les Fêtes qu’elle brillera de tous ses feux et pourrait livrer ses secrets les plus intéressants.

Philippe Mercure Philippe Mercure
La Presse

Un objet unique

Elle vient d’on ne sait où et file à toute vitesse, laissant derrière elle une traînée lumineuse. La comète 2I/Borisov est la toute première provenant de l’extérieur de notre système solaire à avoir été identifiée. Sa découverte est une prouesse qu’on doit à Gennady Borisov, astronome amateur ukrainien qui se décrit comme un « chasseur de comètes ». L’homme a aperçu l’objet le 30 août dernier avec un télescope qu’il a lui-même fabriqué. « Il mérite vraiment que la comète porte son nom. Ces objets sont très difficiles à observer, c’est un coup de chance de l’avoir repérée », commente Olivier Hernandez, directeur du Planétarium Rio Tinto Alcan de Montréal, qui s’enthousiasme pour la nouvelle comète. « Elle est vraiment passionnante », dit-il.

IMAGE FOURNIE PAR LE TÉLESCOPE CANADA-FRANCE-HAWAII 

La comète 2I/Borisov

Lumières de Noël

Les comètes sont de grosses boules de glace volantes qui se promènent dans l’espace. Les astronomes croient que 2I/Borisov a été expulsée d’un autre système solaire lors de la formation de celui-ci. Depuis, elle erre dans le cosmos. Elle a été attirée dans notre système solaire par la force d’attraction de notre Soleil, mais file à trop vive allure pour rester prisonnière de son orbite. Parmi les milliers de comètes découvertes jusqu’à maintenant, la petite nouvelle a la trajectoire la plus « hyperbolique » jamais observée (par opposition à une orbite circulaire). C’est le 7 décembre que 2I/Borisov s’approchera le plus près du Soleil, à seulement deux fois la distance Terre-Soleil. Elle sera alors à la même distance de la Terre. La comète devient de plus en plus brillante au fur et à mesure qu’elle s’approche du Soleil parce que sa glace fond, dégageant un halo de gaz et de poussière. Elle atteindra son pic de brillance en décembre et en janvier, ce qui lui a valu le surnom de « comète de Noël ». Notons qu’il faut de puissants télescopes pour observer 2I/Borisov et que les astronomes amateurs ne pourront sans doute pas voir ce visiteur venu de loin.

Deuxième visiteur interstellaire

2I/Borisov a été repérée deux ans à peine après l’identification du tout premier objet à provenir de l’extérieur du système solaire. Celui-ci, baptisé Oumuamua, avait suscité tout un émoi en 2017 quand certains scientifiques avaient suggéré qu’il pourrait s’agir d’une sonde extraterrestre. On avait finalement conclu qu’il s’agissait d’une étrange roche en forme de cigare qui errait dans l’espace.

« Contrairement à 2I/Borisov, on considère Oumuamua comme un astéroïde et non une comète parce qu’on n’a jamais été capable d’observer une queue », explique Olivier Hernandez, du Planétarium Rio Tinto Alcan. Selon le spécialiste, il ne faut pas conclure que les objets interstellaires, c’est-à-dire ceux provenant d’un autre système solaire, sont soudainement plus nombreux dans nos environs parce qu’on en a découvert deux en deux ans. « On pense qu’il y a beaucoup de ces objets, mais on ne les trouve pas aussi facilement qu’on l’aimerait », dit M. Hernandez. L’expert explique que lorsqu’ils sont loin du Soleil, ces objets sont très peu brillants et donc très difficiles à détecter. Ils gagnent en brillance en s’approchant du Soleil, mais sont alors masqués par ce dernier et doivent être observés juste avant le lever ou juste après le coucher du Soleil.

« Le ciel est immense, il y a des téraoctets de données à analyser, et ça ne se fait pas tout seul », commente M. Hernandez.

De précieuses informations

Plusieurs télescopes sont actuellement braqués sur 2I/Borisov. « Les astronomes, à mon avis, vont être capables de sortir beaucoup de science de ce qui n’est finalement qu’un caillou qui passe. Ça vient de très loin, c’est tout petit – à peine un kilomètre de diamètre – et, pourtant, ça nous apprend énormément de choses », dit Olivier Hernandez. Comme la comète a été formée en même temps que le système solaire d’où elle provient, elle fournira de précieuses informations sur la naissance des systèmes solaires autres que le nôtre. « Ce sont des données puissantes parce que pour l’instant, les modèles de formation de systèmes extrasolaires reposent sur des hypothèses. Quand on a des données, on vient renforcer certaines hypothèses et éliminer tout un tas de solutions théoriques », explique M. Hernandez. 

Cela aidera notamment à mieux comprendre la formation des exoplanètes, ces planètes qui tournent autour d’autres étoiles et sur lesquelles on tente actuellement de découvrir des signes de vie. En plus, les scientifiques jouent de chance : alors qu’on avait repéré Oumuamua pendant qu’il s’éloignait déjà de nous, la comète 2I/Borisov a été aperçue alors qu’elle fonce vers le Soleil. On aura donc plusieurs mois pour l’observer. Les scientifiques ont déjà détecté du cyanogène dans le nuage entourant la comète, un gaz toxique souvent retrouvé dans les comètes du système solaire. Olivier Hernandez rappelle qu’on sait que des bactéries peuvent vivre dans le cyanogène, mais doute qu’on ait les capacités de les détecter si elles se trouvent sur 2I/Borisov.