Des ingénieurs américains et australiens ont trouvé une nouvelle parade contre les espèces invasives : un robot imitant les mouvements de leur prédateur. Ils veulent l’utiliser contre la gambusie, un gobeur de moustiques qui menace les populations de grenouilles et de petits poissons dans plusieurs pays.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

« Pour autant que je sache, ceci et la première étude montrant que des robots peuvent susciter des réponses de peur dans cette espèce évasive », explique Maurizio Porfiri, de l’Université de New York, qui est l’auteur principal de l’étude publiée cet été dans la revue Royal Society Interface. « Un robot imitant soigneusement la nage et l’apparence de l’achigan à grande bouche a un impact important et durable sur la gambusie, en laboratoire. »


L’achigan à grande bouche est un prédateur de la gambusie, un poisson initialement originaire du Mississippi. La gambusie tolère des variations importantes de température, d’oxygène et de salinité et se nourrit de préférence de larves de moustiques. Il peut en dévorer davantage que son propre poids en une journée. Pour cette raison, il a été utilisé avec succès dans la lutte antimalariale en Amérique du Sud et en Russie dans la première moitié du XXe siècle. Mais son succès enlève le pain de la bouche d’autres espèces autochtones, ce qui a chamboulé des écosystèmes en Australie et en Inde, où il a été introduit plus récemment dans un but de contrôle des moustiques. Les coauteurs de l’étude sont justement de l’Université de l’Australie-Occidentale.


L’achigan robotique augmentait le stress de la gambusie avec seulement 15 minutes d’exposition par semaine. Quand elle est stressée, la gambusie mange moins, dépense plus d’énergie et se reproduit à un rythme plus faible. L’expérience en laboratoire durait six semaines. Le robot était capable de varier son comportement en réaction à celui de sa « proie ». Le stress de la gambusie a été mesuré par des autopsies au fil de l’étude.