(Moscou) Les scientifiques russes sont surveillés « 24 heures sur 24 » par les espions étrangers, a affirmé mercredi le Kremlin, tandis que la colère gronde chez les chercheurs qui s’inquiètent de nouvelles restrictions de caractère « soviétique » dans leurs contacts avec l’extérieur.

Agence France-Presse

Dans un décret, le ministère de l’Éducation et de la Recherche recommande en effet notamment un renforcement du contrôle des réunions auxquelles participent des étrangers et une limitation de la présence de ces derniers dans les locaux des instituts et de leur utilisation des appareils électroniques.  

Il y est aussi exigé que tout rendez-vous pris en dehors des heures de travail avec un collègue d’un autre pays obtienne une autorisation préalable de la direction et fasse l’objet d’un rapport.

Des chercheurs russes ont dénoncé des mesures « absurdes et irréalistes » qui vont « accroître l’isolement » de la Russie et gêner leur travail. Ils craignent un retour à l’époque soviétique, lorsque les scientifiques ne pouvaient pas s’entretenir avec leurs confrères étrangers à moins d’être accompagnés par un tiers.

Le directeur adjoint de l’Académie des sciences russe, Alexeï Khokhlov, a estimé mercredi que ces recommandations allaient à l’encontre de l’objectif fixé par les autorités d’attirer davantage d’étudiants étrangers dans les universités et de faciliter leur embauche en Russie.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a de son côté considéré qu’il fallait « être vigilant », car « les services de renseignement étrangers sont en état d’alerte ».

« L’espionnage scientifique et industriel existe. Il fonctionne 24 heures sur 24, sept jours sur sept et il vise nos scientifiques, en particulier les jeunes », a-t-il déclaré aux journalistes, tout en reconnaissant que certaines recommandations contenues dans le décret pouvaient « sembler excessives ».

Le ministère de l’Éducation et de la Recherche assure de son côté que le décret « reflète une pratique globale » dans le comportement des scientifiques étrangers.

La communauté scientifique russe s’inquiète depuis des années de l’influence grandissante des puissants services de sécurité sur leur travail. Plusieurs chercheurs ont été condamnés pour « haute trahison » ou « espionnage » dans des affaires controversées.