Les bactéries responsables de la gingivite peuvent migrer jusqu’au cerveau, où elles contribuent à l’apparition et à la progression de la maladie d’Alzheimer, affirment des chercheurs norvégiens.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Les bactéries produisent une protéine qui détruit les cellules nerveuses du cerveau, a expliqué dans un communiqué le chercheur Piotr Mydel, de l’Université de Bergen, ce qui mène à une perte de mémoire et éventuellement à l’alzheimer.

M. Mydel et ses collègues ont étudié les cerveaux de 53 personnes ayant souffert de cette maladie neurodégénérative. La présence de l’enzyme a été détectée dans 96 % des cas.

« C’est extrêmement intéressant, dans le sens de la prévention de la maladie d’Alzheimer », a commenté Hélène Girouard, de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

L’idée que les périodontites soient associées à des pathologies ailleurs que dans la bouche n’est pas nouvelle, ajoute-t-elle. On sait qu’une périodontite chronique de plus de dix ans entraîne une augmentation du risque de la maladie d’Alzheimer. Des études épidémiologiques témoignent aussi d’un lien entre le nombre de brossages de dent quotidiens et l’alzheimer.

De plus, des études animales démontrent que la bactérie, une fois dans la bouche d’une souris, ira coloniser le cerveau, où elle augmentera la production de bêta amyloïdes, créera de l’inflammation cérébrale et affectera la barrière hématoencéphalique.

« Donc, il y a vraiment des associations et des corrélations qui sont bien démontrées, a dit Mme Girouard. Et si on utilise un médicament qui va inhiber la toxine produite par cette bactérie-là chez la souris, on vient prévenir les effets. »

Ce qui est intéressant dans ce cas-ci, selon elle, c’est que la bactérie a été retrouvée dans le cerveau des patients Alzheimer, et que les protéases toxiques libérées par cette bactérie sont aussi retrouvées en plus grandes quantités chez ces patients.

Cette bactérie a également la capacité, par exemple, d’affecter la santé immunitaire et cardiovasculaire, ce qui pourrait ensuite nuire à la santé du cerveau. L’étude démontre qu’elle a un impact néfaste direct, et non seulement indirect, sur la santé du cerveau.

« C’est encore plus convaincant comme cible de prévention de la maladie d’Alzheimer, a ajouté M. Girouard. Quand on se renseigne et qu’on voit tous les liens épidémiologiques et ce qui a été fait chez l’animal, ce qui a été démontré, on se rend compte que ce n’est pas si fou. »

M. Mydel a rappelé l’importance de se brosser les dents et d’utiliser la soie dentaire, surtout si vous souffrez de gingivite ou que vous avez des antécédents familiaux d’alzheimer.

Environ 50 % de la population est porteuse de la bactérie Porphyromonas gingivalis. 10 % de ces individus souffriront d’une maladie des gencives grave. Cette bactérie a aussi été associée aux maladies cardiovasculaires, au diabète, aux rhumatismes, à la maladie pulmonaire obstructive chronique et au cancer de l’œsophage.

Cette étude a été publiée en ligne par Science Advances.