Une équipe du CHU Sainte-Justine a réussi à percer le mystère d’une maladie rare qui ne toucherait qu’une poignée d’enfants à travers le monde, a appris en primeur La Presse canadienne.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Cette maladie concerne le gène PAX7, qui est important pour la fonction des cellules souches musculaires. Ces cellules sont responsables de la régénération du muscle et lui permettent de grandir et de se réparer.

C’est le cas de Jonathan (nom fictif) qui a mis le docteur Nicolas Dumont et ses collègues sur la piste du PAX7.

« Il n’avait pas de maladie particulière à la naissance, mais avec le développement on (a réalisé) rapidement qu’il avait une maladie musculaire, a expliqué le docteur Dumont. Quand on a regardé les gènes classiques pour les maladies musculaires, on s’est rendu compte qu’il n’y avait pas de gènes qui ressortaient particulièrement. Donc ce n’était pas une maladie commune qu’on était habitués de voir, rien qui était déjà connu. »

Les maladies musculaires habituelles, comme les dystrophies, affectent normalement les fibres musculaires, celles qui sont responsables des contractions qui nous permettent de bouger. Mais dans le cas de Jonathan, le problème se trouvait ailleurs, et ce sont les nouvelles technologies de séquençage génomique qui ont éventuellement mené à l’identification du PAX7.

Réserves épuisées

Jonathan a maintenant épuisé la réserve de cellules souches musculaires avec lesquelles il était né.

« Ses cellules-souches se sont éteintes parce que la mutation empêchait leur fonction, a expliqué le docteur Dumont. Très certainement il est à la limite. […] Il ne peut pas se développer normalement. »

PHOTO CHU SAINTE-JUSTINE

Le docteur Nicolas Dumont.

Ses muscles ont réussi à grandir avec ce qu’ils avaient à leur disposition et ils réussiront peut-être à grandir encore un peu grâce à ce que le docteur Dumont appelle des « mécanismes de compensation », mais le jeune homme ne dispose pas des cellules souches musculaires dont il aurait besoin pour assurer sa croissance à long terme.

Celle-ci est donc essentiellement terminée et l’adolescent de 14 ans, qui fréquente l’école en secondaire 3, est de petite taille.

« Tous ses muscles sont atteints, certains plus sévèrement que d’autres, a dit le chercheur. Il est encore capable d’utiliser ses mains, d’écrire, de prendre des choses, de manipuler […] donc les plus petits muscles sont préservés un peu plus longtemps. »

Jonathan a perdu la capacité de marcher à l’âge de six ans et il est sous respiration assistée depuis l’âge de sept ans.

Boîte de Pandore

L’identification du PAX7 a permis au docteur Dumont de trouver cinq autres enfants à travers le monde qui semblent souffrir du même problème que Jonathan.

Le petit Québécois — un grand amateur de musique, de jeux vidéo et de lutte professionnelle qui souhaiterait devenir inhalothérapeute — est toutefois le plus âgé d’entre eux, ce qui signifie que ses médecins et lui font figure de pionniers.

« C’est lui un peu le précurseur qui nous montre l’évolution de la maladie, a dit le docteur Dumont. On peut essayer de s’adapter pour les autres, d’avoir un meilleur pronostic, de meilleures ressources pour l’évolution de la maladie. »

Dans le cas de Jonathan, les chercheurs ont été en mesure de recréer des cellules souches pluripotentes induites, qui ont la capacité de devenir n’importe quelle cellule du corps. Ils mettent donc à l’essai différentes approches génétiques et pharmacologiques pour essayer de « repermettre l’expression du gène PAX7 » dans ces cellules, dans l’espoir que quelque chose fonctionnera et leur donnera une piste de thérapie pour Jonathan.

Mais le docteur Dumont ne s’en cache pas : la tâche à laquelle ils s’attaquent est colossale.

« On est littéralement dans l’inconnu avec une maladie comme celle-là, a-t-il admis. Ce n’est pas seulement le gène qui est méconnu, mais une maladie comme ça qui atteint les cellules souches musculaires, ça n’a jamais été démontré non plus, donc même le principe même de la maladie, on ne sait pas à quoi s’attendre. »

« On ouvre une boîte de Pandore. On découvre un nouveau champ de maladies qui n’ont jamais été observées. »