Deux ou trois sortes de souris ont la cote dans les laboratoires de recherche. Le travail de chercheurs d'Australie, d'Israël et des États-Unis vient toutefois bousculer ce règne. Maintenant, plus de 200 lignées de souris sont disponibles. La Presse s'est entretenue avec Sylvie Lesage, chercheuse indépendante au centre de recherche de l'hôpital Maisonneuve-Rosemont et professeure titulaire au département de microbiologie, infectiologie et immunologie de l'Université de Montréal, afin de comprendre l'impact de cette petite révolution à laquelle elle a participé.

CHRISTIAN GEISER LA PRESSE

Pourquoi utilisions-nous si peu de souches de souris différentes auparavant ?

Des souris de laboratoire sont utilisées depuis très longtemps et les chercheurs préfèrent utiliser quelques souches de souris qui sont bien caractérisées. Ce sont des clones. Ainsi, si on étudie une souris, les données sont utilisables à travers le monde. C'était le cas avant les années 2000.

Qu'est-ce qui a changé depuis le début des années 2000 ?

Les percées technologiques ont permis d'effectuer beaucoup de séquençage du génome humain, comme le projet HUGO, par exemple. Cela nous a fait réaliser qu'il y a beaucoup plus de variations des traits d'un individu que l'on croyait. Par exemple, on pensait qu'il n'y avait que quelques types de couleurs des yeux. Pourtant, il en existe une grande variété que l'on peut caractériser sur le plan génétique. Et on ne retrouve pas cette variabilité lorsqu'on étudie un seul clone ou deux de souris. Des chercheurs ont donc voulu reproduire cette variabilité chez les souris. Pour y parvenir, ils ont pris 8 souches de souris différentes, qu'ils ont croisées afin de donner 200 nouvelles lignées de souris qui, en fin de compte, ont donné 200 clones.

Quel impact cela a-t-il eu sur vos recherches ?

L'arrivée d'autant de lignées ouvre un nouveau champ de recherche. Comme ce qui nous intéresse dans nos recherches, c'est le système immunitaire, on a donc étudié celui de 70 lignées de souris et on s'est rendu compte qu'on reproduisait presque exactement toute la variabilité que l'on retrouve chez l'humain. Ainsi, si on veut appliquer un traitement, on peut le tester sur un plus grand nombre de clones différents pour essayer de voir les conséquences chez l'humain. Dans le cas d'un médicament contre le diabète ou le cancer, par exemple, on peut donc voir si cela fonctionne sur tous les clones, donc chez tous les humains. Cela donne une meilleure idée de l'étendue de l'impact qu'aurait notre découverte.

Quelle est la prochaine étape pour vos recherches ?

Maintenant que l'on comprend la composition du système immunitaire et que l'on voit à quel point elle est très variable d'une souris à l'autre, on peut essayer de voir comment elles réagissent à des virus, des pathogènes ou encore aux maladies auto-immunes. On commencera par un modèle de vaccin.

Pourquoi la souris ?

Cela prend 20 générations pour stabiliser les clones. Comme les souris se reproduisent rapidement (chaque génération prend trois mois), c'est un avantage. Ce serait possible chez d'autres espèces. Il faut toutefois que leur cycle de reproduction ne soit pas trop long !

Y a-t-il trop de choix de souris, maintenant ?

Non, il n'y a pas trop de choix ! Avec les 200 lignées qu'ils ont été capables de générer, les chercheurs se sont rendu compte que cela représentait 99 % de la variabilité génétique que l'on pourrait obtenir chez la souris. Cela donne ainsi toute une variété de souris qui peuvent servir à des usages très précis, ou on peut utiliser les 200 lignées pour faire de la recherche translationnelle, notamment pour développer de nouveaux médicaments.

Comment faites-vous quand vous avez besoin d'un modèle de souris ?

On a des protocoles éthiques stricts pour s'assurer que chaque souris produite en laboratoire est utile. Nous n'avons jamais plus de souris que nous en avons besoin. On les commande en Australie. Ensuite, on les reproduit ici.