Pour inciter les hôpitaux de la province à gérer plus efficacement les entrées et les sorties de leurs patients, Québec établit une durée cible de séjour hospitalier pour une liste de maladies. Les établissements qui atteindront ces objectifs et amélioreront la fluidité de leurs soins de courte durée recevront des incitatifs financiers pouvant s’élever à plusieurs millions de dollars par année pendant trois ans.

Publié le 9 mars
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

L’objectif de cette démarche, qu’on avait annoncée dès 2019, mais dont les investissements commenceront à être versés cette année, est de « réduire la durée de séjour en hospitalisation », explique-t-on au cabinet du ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. En tout, 92,5 millions de dollars par année seront ainsi distribués jusqu’en 2023-2024.

Chaque établissement devra « optimiser les processus de gestion des séjours dans chacune de leurs installations hospitalières » et rendre des comptes à cet effet, peut-on lire dans une lettre envoyée vendredi par la sous-ministre adjointe, la Dre Lucie Opatrny, et obtenue par La Presse.

Une liste de sept diagnostics est établie, et des cibles de durée de séjour sont fixées pour chacun d’entre eux et légèrement adaptées en fonction de la réalité de chaque hôpital de la province. On parle, par exemple, de patients atteints de maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC), d’insuffisance cardiaque, d’infarctus du myocarde, de schizophrénie ou d’un AVC. Les personnes subissant un remplacement du genou ou de la hanche sont aussi visées. En intervenant sur la durée du séjour hospitalier de ces patients, « on favorise ainsi que le patient soit au bon moment, au bon endroit », explique l’attachée de presse du ministre Dubé, Marjaurie Côté-Boileau.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on ajoute que l’objectif est que ces patients n’occupent pas un lit d’hôpital « lorsque leur état de santé ne le requiert plus ».

Les sommes versées par Québec « seront attribuées en fonction du niveau de réalisation des objectifs cliniques » et deviendront récurrentes seulement lorsque « 90 % et plus de l’ensemble des cibles » seront atteintes.

Les sommes versées à chaque établissement pourront servir à bonifier les équipes soignantes. Les établissements de santé sont aussi invités à mettre en place des « équipes transversales de gestion et de coordination des séjours hospitaliers » composées entre autres d’un coordonnateur médical aux urgences et d’un gestionnaire de lits. Cette équipe devra pouvoir utiliser un « tableau de bord interactif de gestion des hospitalisations » afin « d’assurer un processus décisionnel fluide, efficace et en temps réel en lien avec la gestion des lits ».

Au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), une telle équipe a déjà été créée. Il s’agit en fait d’une direction complète portant le nom de « Direction de la coordination transversale et de l’alignement des structures ». « Il y a un médecin responsable et un cogestionnaire clinico-administratif qui ont pour rôle d’ajuster les ressources professionnelles en fonction des besoins », explique le PDG du CHUM, le DFabrice Brunet. « Le but est de s’assurer que la gestion des lits est fluide », ajoute la PDG adjointe du CHUM, Danielle Fleury.

Une mesure « bienvenue »

L’initiative du MSSS est bien accueillie dans le réseau hospitalier qui se remet tout juste de la dernière vague de la pandémie. Car si de moins en moins de patients atteints de la COVID-19 sont hospitalisés actuellement, les interventions chirurgicales reprennent, « les hôpitaux sont encore pleins et les urgences débordent encore », note la présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec, la Dre Judy Morris.

Celle-ci remarque qu’il y a « beaucoup d’inefficacité à l’intérieur des centres hospitaliers » et que cette mesure incitative pour que les hôpitaux augmentent leurs performances est « la bienvenue ».

C’est une bonne nouvelle qu’il y ait une volonté ministérielle d’améliorer la fluidité hospitalière.

La Dre Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec

Cet avis est partagé par le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ), le DGilbert Boucher, qui estime que les incitatifs financiers pourraient bien porter leurs fruits.

Pour la Dre Morris, il est connu que le Québec « manque de lits d’hôpital ». « Mais si on fait seulement en ajouter sans revoir nos façons de faire, on va continuer d’être juste inefficaces », dit-elle.

Le DBrunet accueille aussi favorablement l’approche du gouvernement. Il assure qu’il y a moyen d’atteindre ces objectifs sans rogner sur la qualité. « L’approche doit être centrée sur la qualité, pas juste sur la vitesse, dit-il. […] On ne veut pas que, pour un incitatif quelconque, on arrive à une détérioration des soins. » C’est pourquoi la direction responsable de la fluidité au CHUM veillera aussi à la qualité des soins.

Le DBoucher dit pour sa part avoir bon espoir que la sécurité des soins ne pâtira pas de cette nouvelle approche. « Pour toute nouvelle approche dans le milieu de la santé, il y a toujours beaucoup d’emphase sur la sécurité des patients. Les chiffres sont importants, mais la sécurité des patients prime toujours », assure-t-il.

En savoir plus

  • 92,5 millions
    Somme totale des investissements prévus chaque année pour trois ans par Québec pour améliorer la « fluidité des patients » dans l’ensemble du réseau de la santé
    SOURCE : MINISTÈRE DE LA SANTÉ ET DES SERVICES SOCIAUX