Près d’un homme montréalais sur cinq présente une « détresse psychologique élevée », démontre un nouveau rapport du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal paru mercredi. Il s’agit d’un bond important par rapport aux dernières années, illustrant de nouveau l’impact important de la pandémie sur la santé mentale.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Coralie Laplante La Presse

« Il s’est passé plusieurs bouleversements dans la dernière année qui pourraient expliquer cette hausse de détresse psychologique », explique la psychologue communautaire et chercheuse Janie Houle, pour qui la pandémie a eu l’effet de creuser les inégalités sociales. Un constat qui a aussi eu un impact sur la santé mentale des Montréalais.

Pour l’enseignante au département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le constat est simple. « Si on veut traiter la détresse à la source, il faut améliorer les conditions de vie, particulièrement des personnes défavorisées au niveau socio-économique », soutient-elle.

Menée du 13 au 31 janvier 2021 auprès de 2746 hommes adultes québécois, dont 1581 Montréalais, l’étude révèle « d’importantes inégalités sociales ». Les jeunes de 18 à 34 ans, les hommes qui ne sont pas en couple, peu scolarisés ou dont le revenu annuel est inférieur à 35 000 $ par année sont en effet les groupes les plus vulnérables aux troubles de santé mentale.

Si, en 2018, 9 % des hommes montréalais présentaient des signes de détresse, ce chiffre atteint aujourd’hui les 19 %.

La pandémie a aussi engendré un virage vers la télémédecine, une méthode qui est perçue comme moins efficace que celle en présentiel par 47 % des hommes. « On ne peut pas juste rester avec de la téléconsultation si on veut porter une aide aux hommes en difficulté », insiste à ce sujet Mme Houle.

D’ailleurs, les ressources en santé mentale sont moins bien connues par les hommes. À peine un homme sur quatre (26 %) sait vers quelle organisation se tourner en cas de détresse, et seuls 19 % d’entre eux ont consulté un intervenant psychosocial depuis le début de la pandémie. Ce constat s’explique notamment par la socialisation de la gent masculine, moins portée à admettre qu’elle a besoin d’aide, dit Janie Houle.

La réalité montréalaise

Selon l’étude, on recense « significativement » plus de détresse psychologique chez les hommes à Montréal que dans le reste du Québec ; cette année, les données montrent 19 % dans la métropole, comparativement à 14 % dans la province, alors qu’en 2018, cet écart était moindre (9 % comparativement à 8 %).

« Au-delà du nombre de cas et de décès, ça démontre que les mesures de confinement, qui ont été beaucoup plus importantes à Montréal pendant la première et la deuxième vague, ont eu beaucoup de conséquences. De surcroît, plusieurs Montréalais vivent seuls. Le fait d’être isolé dans son logement a joué pour beaucoup », analyse l’enseignante à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva.

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Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Elle rappelle que Montréal est une ville « avec un secteur touristique et culturel très développé ». « On compte énormément d’emplois dans ces secteurs, avec beaucoup de jeunes hommes qui ont été touchés et qui ont perdu leur emploi, bref, qui ne voyaient plus nécessairement d’issue à tout ça », souligne-t-elle.

« Dès le départ, les aides gouvernementales comme la Prestation canadienne d’urgence (PCU), ça a aidé, mais de l’argent, ce n’est pas suffisant. Ultimement, on a besoin de contacts sociaux », insiste Mme Borgès Da Silva, en rappelant à son tour que la télémédecine a ses limites, surtout en matière de santé mentale.

Agir rapidement

Geneviève Landry, directrice générale d’Entraide pour hommes — un organisme qui offre des services d’intervention psychosociale aux hommes en difficulté —, a participé à la collecte de ces données. Pour elle, les chiffres démontrent surtout qu’il faut agir rapidement pour venir en aide à ces personnes.

« Même si le taux de détresse rapportée augmente, la proportion d’hommes qui ont consulté a diminué. La masculinité traditionnelle amène les hommes à se montrer forts, solides devant l’épreuve, autonomes et performants. Une forme de carapace qui les empêche de ressentir la souffrance. Le contexte de pandémie est venu renforcer ces attributs. Il est donc important de dédramatiser la demande d’aide et d’inviter les hommes à consulter les ressources existantes », indique-t-elle à La Presse.