La mise en quarantaine de Canadiens qui reviennent de Wuhan est une bonne chose – même si le Canada est loin d’être le pays le plus à risque pour une épidémie de coronavirus, signale le DRonald Labonté, professeur à l’École d’épidémiologie et de santé publique de l’Université d’Ottawa.

Nicolas Bérubé Nicolas Bérubé
La Presse

Croyez-vous que les quarantaines soient souhaitables pour éviter la propagation du virus ?

Les quarantaines de masse telles qu’elles ont été menées tardivement par la Chine sont pour le moins controversées : elles causent probablement plus de problèmes économiques et sociaux que le virus lui-même. Cela dit, il est encore trop tôt pour faire un bilan définitif.

Dans le cas du Canada, il est sensé de mettre en quarantaine les évacués de Wuhan durant la période d’incubation du virus. Il s’agit des gens qui sont le plus exposés au virus, et donc les plus susceptibles de le transmettre aux autres. Le virus a un taux de fatalité d’environ 2 %, ce qui est plus élevé que la grippe saisonnière, mais moins que le SRAS. Mais le virus semble être très contagieux. Personne n’aime passer deux semaines en isolement relatif, mais c’est un petit prix à payer pour contribuer au bien-être collectif, un peu comme les jurés doivent abandonner une partie de leur liberté pour pouvoir rendre un service public.

Quelles sont les mesures les plus efficaces pour combattre le virus ?

Il y a trois éléments que le gouvernement doit considérer. Premièrement, il doit continuer à être proactif dans la dissémination d’information sur les façons de se protéger, soit de se laver efficacement les mains, d’éviter de se toucher le visage avec les mains sales et de porter un masque seulement si l’on souffre d’une infection respiratoire.

Deuxièmement, continuer de suivre toute propagation de la peur et de la fausse information qui pourrait empirer les préjugés raciaux ou ethniques. On peut le faire en rappelant que, même en Chine, le nombre de gens qui meurent de ce virus est beaucoup moins élevé que le nombre de gens qui meurent de la grippe saisonnière, qui, elle, ne fait pourtant pas paniquer la population.

Troisièmement, le Canada pourrait prendre plus de place sur le plan de l’assistance aux pays pauvres et aux pays en développement qui n’ont peut-être pas l’infrastructure médicale pour suivre l’évolution du virus ou traiter les personnes qui en sont atteintes. À l’extérieur de la Chine, ce sont les pays les plus pauvres au monde qui courent le plus de risque de contagion.