(Québec) Québec a démis de ses fonctions le PDG du CISSS de Lanaudière, Daniel Castonguay, sur la sellette depuis la mort de Joyce Echaquan sous une pluie d’insultes racistes à l’hôpital de Joliette. Il avait nié, en entrevue à La Presse, être au courant des nombreuses plaintes de racisme formulées par des autochtones contre cet établissement, des explications qui avaient été publiquement critiquées par le premier ministre François Legault.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Néanmoins, le gouvernement a prévu une piste d’atterrissage pour M. Castonguay au ministère de la Santé et des Services sociaux : il participera à la préparation de la campagne de vaccination contre la COVID-19.

Le CISSS de Lanaudière est désormais dirigé de façon intérimaire par Caroline Barbir, qui conserve ses fonctions actuelles de PDG du CHU Sainte-Justine. Le conseil des ministres l’a nommée lors de sa réunion hebdomadaire, mercredi.

Québec a décidé de limoger Daniel Castonguay à la suite des constats faits par une observatrice que le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, avait envoyée au CISSS de Lanaudière dans la foulée de la mort de Joyce Echaquan le 28 septembre.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DU CENTRE INTÉGRÉ DE SANTÉ ET DE SERVICES SOCIAUX DE LANAUDIÈRE

Daniel Castonguay

Cette observatrice ministérielle, l’ancienne sous-ministre Lise Verreault, a conclu que le lien de confiance était rompu entre le PDG et la communauté atikamekw de Manawan et que, pour cette raison, Daniel Castonguay n’était plus apte à diriger le CISSS de Lanaudière, a appris La Presse. Elle a interviewé 18 personnes au cours de son mandat, en personne ou par visioconférence, entre le 14 et le 30 novembre.

Nommé PDG en mars 2015, M. Castonguay se trouvait dans une situation précaire depuis une entrevue accordée à La Presse à la fin d’octobre. Il avait déclaré qu’il n’avait pas été mis au courant des nombreuses plaintes de racisme formulées par des autochtones contre l’hôpital de Joliette, qui était sous sa responsabilité.

Le PDG avait ajouté qu’une employée du CISSS chargée de lui rapporter ce qui s’était dit à la commission Viens au sujet de ces plaintes ne l’avait pas fait. Cette employée, Maryse Olivier, ex-directrice de la protection de la jeunesse de Lanaudière, avait par la suite démenti la version de M. Castonguay. Elle avait soutenu que le PDG avait été mis au courant des griefs des autochtones. La Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, ou commission Viens, a rendu public son rapport l’an dernier.

En conférence de presse le 29 octobre, François Legault avait montré son agacement au sujet de la conduite de M. Castonguay, qui avait rejeté la faute sur une ancienne employée. « Ça m’achale d’entendre une réponse comme ça ! », avait-il laissé tomber, soulignant l’importance pour lui de la reddition de comptes, de l’« imputabilité ». « On va aller fouiller complètement le dossier », avait-il ajouté, alors qu’on lui demandait s’il jugeait que M. Castonguay était toujours l’homme de la situation à la tête du CISSS de Lanaudière.

Lors de la même conférence de presse, Christian Dubé avait indiqué que le gouvernement voulait « s’assurer qu’on ait les bonnes personnes pour rétablir le lien de confiance avec la communauté » atikamekw de Manawan. Or, ce lien est « carrément brisé » entre cette communauté et la présente direction, avait-il relevé avant même de dépêcher sur place son observatrice, Lise Verreault. Le ministre avait déjà eu trois rencontres avec le chef Paul-Émile Ottawa et il était « très clair » pour lui que les représentants de la communauté « avaient perdu confiance dans la direction » du CISSS de Lanaudière.

Le PDG avait proposé un plan pour rétablir cette confiance, mais le ministre se demandait ouvertement s’il allait être en mesure de l’implanter dans les circonstances. Québec en est venu à la conclusion que M. Castonguay n’est pas la bonne personne pour corriger la situation.

« Je suis soulagée », a réagi Maryse Olivier, celle qui représentait le CISSS de Lanaudière à la commission Viens et que M. Castonguay avait blâmée.

Cette sortie était odieuse à mon endroit, mais aussi auprès des autochtones du territoire de Lanaudière. Je souhaite que l’établissement prenne un virage centré sur l’intérêt des usagers et des autochtones, particulièrement.

Maryse Olivier, qui représentait le CISSS de Lanaudière à la commission Viens

La directrice du Centre d’amitié autochtone de Joliette, Jennifer Brazeau, a aussi fait part à La Presse de son soulagement. « Ce que ce licenciement représente pour moi, c’est que la personne qui a montré un désintérêt si clair pour le bien-être d’un groupe des personnes les plus marginalisées qu’elle devait protéger est finalement tenue responsable. Ça me donne de l’espoir. »

Par voie de communiqué, Christian Dubé a indiqué que M. Castonguay « ira[it] prêter main-forte aux équipes ministérielles pour différents mandats stratégiques liés à la pandémie à compter du 3 décembre prochain ».

« Fort de sa vaste expérience dans le réseau, son premier mandat sera d’accompagner les équipes du ministère de la Santé et des Services sociaux afin de renforcer les efforts de préparation de la campagne de la vaccination contre la COVID-19 à la grandeur du Québec. Il aura notamment comme mission de renforcer l’expertise terrain au travers de l’opérationnalisation de la campagne de vaccination de la COVID-19 », a-t-il ajouté.

Le chef Paul-Émile Ottawa n’était pas disponible pour accorder une entrevue mercredi.