(Montréal) Près de 25 000 Canadiens se sont enlevé la vie ou ont été hospitalisés en raison de blessures auto-infligées en un an. Cela représente 70 personnes par jour, rapporte l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS).

Stéphanie Marin
La Presse canadienne

« Ce n’est que la pointe de l’iceberg », a commenté en entrevue une porte-parole de l’Institut, Christina Lawand, notant que ce ne sont pas toutes les blessures auto-infligées qui mènent à une hospitalisation. De plus, il y a certaines limites dans la collecte des données, qui font dire à l’ICIS qu’il s’agit de chiffres « minimums ».

L’Institut a analysé les données des hôpitaux de toutes les provinces et territoires canadiens pour l’année 2018-2019.

Il a recensé plus de 21 000 blessures ayant nécessité une hospitalisation et plus de 3000 suicides.

La majorité (98 %) des patients hospitalisés en raison de blessures auto-infligées ont survécu.

Celles-ci traduisent une profonde détresse, est-il noté dans le rapport.

On parle ici d’empoisonnements volontaires — plus de 80 % des cas, dont beaucoup avec des médicaments d’ordonnance — et de l’automutilation volontaire, comme des coupures aux bras.

Ce nombre élevé laisse entrevoir des lacunes dans l’aide apportée aux gens en détresse, souligne Mme Lawand.

Il peut signaler un manque de soins, de soutien communautaire et de traitements appropriés en santé mentale ou en toxicomanie.

D’ailleurs, l’intérêt des données de cette étude est de permettre aux décideurs de voir où les besoins sont criants, quelles sont les lacunes dans les services offerts et où accorder l’argent nécessaire pour mettre plus de ressources d’aide en place.

Des différences d’âge, de sexe et de niveau socio-économique

Il a été relevé que le taux d’hospitalisations en raison de blessures auto-infligées était plus élevé chez les personnes vivant en région rurale ou éloignée que chez les habitants des villes. Cela s’explique entre autres par la disponibilité réduite des services communautaires en milieu rural, peut-on lire dans le rapport.

Et puis, ces manifestations de détresse ne touchent pas les hommes et les femmes de la même manière.

Le taux d’hospitalisations en raison de blessures auto-infligées était trois plus élevé chez les femmes que chez les hommes — et particulièrement élevé chez les jeunes femmes de 10 à 24 ans.

Le portrait est toutefois différent en ce qui concerne les décès en raison de blessures auto-infligées : le taux de suicide était plus élevé chez les hommes, et le taux le plus élevé a été observé dans le groupe des 45 à 64 ans.

Le niveau de vie a aussi un impact : le taux de séjours à l’hôpital était deux fois plus élevé chez les Canadiens qui vivent dans les quartiers au revenu le plus faible par rapport aux mieux nantis.