La Maison Jacynthe fait face à deux chefs d’accusation d’exercice illégal de la médecine pour avoir diffusé deux vidéos, en septembre 2018 et en novembre 2018, dans lesquelles elle a donné lieu de croire qu’elle était autorisée à exercer la médecine, selon le Collège des médecins du Québec. Quatre naturopathes de la clinique L’Aube, dont le directeur général Christian Limoges, ancien collaborateur de la Maison Jacynthe, font aussi face à un total de 11 chefs d’exercice illégal de la médecine, a constaté La Presse.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Par ailleurs, la Maison Jacynthe et sa fondatrice, la comédienne Jacynthe René, poursuivent au civil Christian Limoges et trois de ses entreprises, ainsi que le naturopathe Louis-Simon Leroux de la clinique L’Aube. La Maison Jacynthe leur réclame 250 000 $ pour les dommages subis à la suite de l’affaire du lavement sur un poupon survenue en 2018.

Le 12 avril 2018, le naturopathe débutant Louis-Simon Leroux, sur la page Facebook de la Maison Jacynthe, avait recommandé à une mère de faire un lavement à son bébé de trois semaines qui souffrait de maux de ventre. « Vous pouvez utiliser la poire rectale pour lui donner un lavement doucement. Ou appelez la clinique L’Aube », avait écrit le naturopathe.

>> Consultez l’article « Proposer un traitement, c’est réservé aux médecins »

Le Collège des médecins avait vivement dénoncé cette situation, qui avait aussi soulevé un tollé sur les réseaux sociaux.

Vidéos controversées

Les accusations d’exercice illégal de la médecine déposées contre la Maison Jacynthe ne sont toutefois pas liées à l’affaire du lavement. Elles découlent plutôt de la publication de deux vidéos sur la page Facebook de l’entreprise, le 8 septembre 2018 et le 20 novembre 2018, dans lesquelles Jacynthe René et Christian Limoges « proposent en direct des traitements pour régler des problèmes de santé des personnes qui communiquent avec eux », confirme le Collège des médecins. Le procès de la Maison Jacynthe doit débuter le 18 novembre au palais de justice de Montréal.

Questionnée par La Presse, Jacynthe René a écrit par courriel que la Maison Jacynthe avait plaidé non coupable aux accusations du Collège des médecins « puisqu’il est de [son] avis que cet organisme se trompe d’interlocuteurs et d’adresse ». « Nous n’avons aucun problème à payer quelconque contravention en autant qu’elle soit libellée correctement. Cette contravention devrait être adressée à la bonne personne/entreprise, soit Christian Limoges et/ou Actumus et/ou ses naturopathes », a écrit Mme René.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Questionnée par La Presse, Jacynthe René a écrit par courriel que la Maison Jacynthe avait plaidé non coupable
aux accusations du Collège des médecins « puisqu’il est de [son] avis que cet organisme se trompe d’interlocuteurs et d’adresse ».

Elle dit savoir qu’ils ne peuvent « parler d’acné, de couperose, d’eczéma… »

Je m’interdis même de prononcer le mot “conseil” pour plutôt relater
des témoignages dans de tels cas, mentionnant que je ne peux
me prononcer dans de telles situations et de plutôt consulter son médecin. Un avertissement à ce sujet siège d’ailleurs sur notre site.

Jacynthe René

« J’espère sincèrement que je ne serai pas réduite à ne faire que de la vente de produits puisque mon désir, depuis 2013, est le partage d’inspirations qui, oui, peuvent améliorer la qualité de peau et de vie des gens. Des alternatives. Sans pour autant me prendre pour une professionnelle de la santé », ajoute-t-elle.

Quatre naturopathes visés

Celui qui est décrit comme directeur général, président fondateur, naturopathe et iridologue à la clinique L’Aube, Christian Limoges, a été collaborateur de la Maison Jacynthe dans le passé et est apparu dans plusieurs capsules vidéo de l’entreprise. M. Limoges fait également face à deux chefs d’accusation d’exercice illégal de la médecine en lien avec les deux mêmes vidéos.

Trois autres naturopathes exerçant à la clinique L’Aube de la rue Cherrier à Montréal font quant à eux face à neuf chefs d’exercice illégal de la médecine.

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Naturopathes de la clinique L’Aube qui font face à des chefs d’accusation

Nom du naturopathe : Silvie Joaquim
Nombre de chefs d’accusation : 3
Date de l’infraction : 11 février 2019

Nom du naturopathe : Christian Limoges
Nombre de chefs d’accusation : 2
Date de l’infraction : 8 juillet 2018

Nom du naturopathe : Malika Benaamer
Nombre de chefs d’accusation : 5
Date de l’infraction : 31 janvier 2019

Nom du naturopathe : Nancy Butzphal Nombre de chefs d’accusation : 1
Date de l’infraction : 27 février 2019

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Sur le site internet de la clinique L’Aube, l’établissement dit offrir « un service complet de soins de santé intégratifs, alternatifs et durables ».

L’avertissement suivant est également affiché dans le haut du site de la clinique : « Seul un médecin peut, dans l’exercice de sa profession, poser un diagnostic médical et établir un traitement à respecter. L’équipe L’Aube et les conseils prodigués par [s]es membres ne se substituent en aucun cas aux recommandations faites par un professionnel reconnu par le Collège des médecins du Québec ». La clinique L’Aube n’a pas rappelé La Presse pour commenter la situation.

Les trois naturopathes de la clinique L’Aube sont accusés d’avoir « agi de manière à donner lieu de croire qu’elles étaient autorisées à exercer la médecine » lors de la visite d’un enquêteur du Collège des médecins.

Le Collège des médecins reproche à Silvie Joaquim et à Malika Benaamer d’avoir « diagnostiqué une maladie et déterminé un traitement médical ». Mme Benaamer se voit également reprocher d’avoir « prescrit des médicaments et autres substances » à un agent d’enquête du Collège.

Dommages de 250 000 $

En plus de ses fonctions à la clinique L’Aube, M. Limoges possède les entreprises Actumus et Botanikür, qui produisent et commercialisent des produits de santé naturels, de même que l’école de formation en naturopathie Institut biogénique C.E.N.A.B. (Collège Limoges).

Le 25 mars 2018, la Maison Jacynthe avait conclu un accord avec le groupe Actumus, peut-on lire dans la poursuite civile intentée par l’entreprise. Selon cette entente, la Maison Jacynthe s’engageait à distribuer les produits du groupe Actumus et à permettre la promotion de cette entreprise sur sa plateforme web.

« De son côté, le groupe Actumus inc., avec le défendeur Limoges en tête, devait fournir des compagnies bien établies, jouissant de 30 années d’expérience dans le domaine et cela devait normalement comprendre la conformité aux règles déontologiques, éthiques et à l’ensemble des lois et règlements touchant ce domaine », peut-on lire dans la procédure civile intentée par la Maison Jacynthe et Jacynthe René.

Selon la procédure, le naturopathe Louis-Simon Leroux a commis « une faute grave » le 12 avril 2018 en « proposant un traitement pour [un] bébé de trois semaines et demie qui se plaignait de maux de ventre ».

Pour la Maison Jacynthe, « les défendeurs par leur négligence et [leur] insouciance ont causé préjudice aux demanderesses ». Mme René dit notamment avoir dû « se défendre devant le tollé de critiques et de commentaires personnels très durs sur les réseaux sociaux et dans les journaux, lui causant préjudice et causant une perte de confiance de la clientèle envers les demanderesses de même qu’une baisse d’achalandage ».

« Il faut comprendre ici que notre blogue est une plateforme où plusieurs intervenants ont pris la parole. J’ai évidemment beaucoup d’affinités avec la plupart d’entre eux mais il y a certaines interventions avec lesquelles je ne suis pas d’accord et desquelles je peux même être outrée, et si c’est le cas, croyez-moi j’agis rapidement », a écrit Mme René à La Presse.

Tantôt « nous sommes un média, tantôt je suis animatrice qui peut, oui, rephraser les propos des experts invités. Mais Maison Jacynthe n’est pas un institut de naturopathie et ne propose pas de traitement d’hydrothérapie. Nous sommes des boutiques, des salons de beauté et des bistros et nous avons eu pour un moment les produits Actumus sur nos tablettes », écrit-elle.