(Montréal) S’évanouir pendant le premier trimestre de grossesse n’aurait rien d’anodin et pourrait témoigner de menaces à la santé de la mère et du fœtus, selon une nouvelle étude canadienne publiée par le Journal of the American Heart Association.

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne

Deux chercheuses en cardiologie des universités de l’Alberta et de Calgary, Padma Kaul et Sadia Chatur, ont étudié plus de 480 000 naissances survenues en Alberta entre 2005 et 2014. Elles ont aussi examiné la santé de la mère pendant l’année qui a suivi l’accouchement, en s’intéressant notamment aux évanouissements dont elles ont été victimes.

Environ 1 % des futures mamans s’étaient évanouies, dont approximativement un tiers pendant le premier trimestre de grossesse.

Les chercheuses rapportent des taux plus élevés de naissances prématurées et de problèmes cardiaques chez les femmes qui se sont évanouies pendant le premier trimestre. Elles notent également une augmentation des anomalies congénitales, comme un faible poids à la naissance, si la mère s’est évanouie plus d’une fois.

Mme Kaul estime que les évanouissements devraient s’ajouter aux problèmes qui surviennent pendant la grossesse et qui, au même titre que la prééclampsie ou le diabète gestationnel, peuvent constituer des avertissements que quelque chose cloche avec la santé de la mère.

« C’est une étude intéressante, parce que si on parle d’une jeune femme enceinte qui est autrement en santé, [un évanouissement] est typiquement considéré bénin et on rassure typiquement les femmes », a dit la Dre Natalie Dayan, la directrice de médecine obstétricale à la division de médecine interne générale du Centre universitaire de santé McGill.

La grossesse, rappelle-t-elle, s’accompagne de plusieurs changements cardiovasculaires en réponse au développement de l’utérus et du fœtus : le cœur travaille plus fort et les vaisseaux sanguins changent, et tout cela peut augmenter la prédisposition à un évanouissement.

Elle souligne toutefois que cette étude regroupe toutes les causes d’évanouissements, les graves comme les moins graves ; il s’agit donc d’une « première étape importante » qui brosse un portrait des évanouissements pendant la grossesse et des femmes qui les subissent, dit-elle. Ainsi, les chercheuses ont découvert que les femmes qui s’évanouissaient étaient plus jeunes, qu’elles étaient issues d’un milieu socioéconomique plus défavorisé et qu’elles avaient davantage de problèmes de santé préexistants.

« Donc, possiblement que les évanouissements témoignent plus d’un problème sous-jacent, a expliqué la Dre Dayan. Je pense que c’est une bonne idée de considérer que ce qui se passe pendant la grossesse est un marqueur d’une moins bonne santé plus tard. »

Qui plus est, ajoute-t-elle, dans ce genre d’étude il n’est pas impossible que les problèmes décelés chez le bébé soient attribuables au hasard, d’autant plus que les écarts de pourcentage entre ce que les chercheuses ont mesuré et le risque absolu étaient plutôt modestes.

« Je pense que les liens qu’elles font avec les issues néonatales auraient besoin d’être un peu plus nuancés, a-t-elle dit. Je ne suis pas certaine si [cette étude] va changer notre pratique. La plupart des évanouissements sont bénins, mais il y a des questions importantes que nous devons poser aux femmes qui s’évanouissent […] qui vont nous dire si on doit s’en inquiéter ou non.

« La plupart du temps ce sera bénin, mais en d’autres occasions ça témoignera d’un problème plus grave. Mais je pense que ce serait exagéré de dire que toutes les femmes […] qui s’évanouissent ont un risque plus élevé de problème de santé pour elles ou pour leur bébé. »