(Vancouver) Santé Canada doit être plus cohérent avec trois autres pays en ce qui concerne les avertissements concernant les risques pour la sécurité de certains médicaments, surtout si les juridictions ayant une démographie similaire ont déjà prévenu les patients prenant les mêmes médicaments, selon une enseignante de l’Université de la Colombie-Britannique.

Camille Bains
La Presse canadienne

Barbara Mintzes, la chercheuse principale derrière une nouvelle étude publiée lundi, affirme qu’entre 2007 et 2016, Santé Canada a émis des avertissements de sécurité pour seulement 50 % des problèmes d’innocuité des médicaments identifiés aux États-Unis, en Australie et au Royaume-Uni.

Elle fait partie des chercheurs qui ont analysé 1441 avis au cours de cette période. Elle a constaté que les organismes de réglementation des quatre pays n’étaient cohérents dans la décision d’avertir leurs populations que 10 % du temps, lors de problèmes liés au même médicament.

Par rapport aux autres pays, Santé Canada a émis des avis concernant seulement 317 des 635 problèmes liés aux médicaments, soit près de 50 % des problèmes liés aux médicaments identifiés par la Food and Drug Administration des États-Unis, l’Agence britannique de réglementation des médicaments et des produits de santé et la Therapeutic Goods Administration australienne, selon l’étude.

L’étude a été diffusée dans le journal médical JAMA Internal Medicine, publié par l’American Medical Association, et implique également des chercheurs de l’Université York à Toronto et de l’Université de Sydney en Australie.

Santé Canada diffuse des avertissements sur son site web et envoie des lettres aux médecins qui prescrivent les médicaments.

« Certains des avertissements de sécurité sont émis par Santé Canada, en collaboration avec le fabricant, sous forme de lettre individuelle adressée à chaque médecin d’une spécialité ou […] d’un ensemble plus large de tous les médecins exerçant au Canada », a déclaré Mme Mintzes, une professeure associée de la School of Population and Public Health de l’Université de la Colombie-Britannique.

En janvier 2013, poursuit-elle, Santé Canada a publié un avertissement indiquant que les médicaments hypolipidémiants, ou statines, couramment prescrits étaient associés à un risque accru de diabète chez les patients déjà à risque de contracter la maladie.

Toutefois, l’avertissement avait été publié un an après que les États-Unis et l’Australie eurent informé leurs patients, après de vastes études montrant une association avec le diabète, a-t-elle déploré.

« Pourquoi Santé Canada a-t-il attendu une autre année après que ces avertissements eurent été publiés aux États-Unis et en Australie ? » a demandé Mme Mintzes, qui est également une professeure associée à l’Université de Sydney.

Le ministère a assuré qu’il entretient des relations régulières avec ses principaux homologues internationaux, notamment les États-Unis, l’Australie et l’Union européenne, afin de déterminer s’il existe de nouvelles préoccupations en matière de sécurité. Une fois qu’il est mis au courant de tout problème potentiel, une évaluation est effectuée pour déterminer si un risque similaire est justifié au Canada.

« Le moment et le contenu de la communication des risques peuvent varier d’une juridiction à l’autre pour plusieurs raisons, notamment la manière dont un produit est utilisé au Canada », indique un communiqué.

Santé Canada devrait faire preuve d’une plus grande transparence quant aux informations sur lesquelles il fonde ses avertissements, notamment parce que des données d’essais cliniques auparavant confidentielles sont publiques depuis un certain temps après une position similaire de l’Union européenne, selon Mme Mintzes.

« En tant que pays, nous pourrions faire plus pour offrir davantage de services aux personnes qui utilisent des médicaments, grâce à un site web convivial offrant des informations au public afin qu’il puisse consulter son médicament assez facilement. »

Les pharmacies au Canada ne fournissent également pas aux patients d’informations écrites sur les médicaments et leurs effets indésirables, a dénoncé Mme Mintzes.

« Nous devrions avoir le droit légiféré de toujours avoir des informations approuvées qui nous sont fournies chaque fois qu’une ordonnance est délivrée. »

Selon une étude réalisée en 2013 par l’Institut canadien d’information sur la santé, près du quart des patients qui se rendent dans les salles d’urgence en raison d’effets indésirables sont admis à l’hôpital ; les personnes âgées seraient davantage exposées à de tels risques.

Les antibiotiques sont parmi les médicaments les plus couramment associés aux réactions indésirables aux médicaments, qui sont associés à des facteurs tels que le nombre de médicaments qu’un patient prend, selon l’étude.