La Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) craint que si le gouvernement va trop rapidement de l’avant en prolongeant le financement d’opérations mineures réalisées dans des cliniques privées, les blocs opératoires du réseau public pourraient se vider de leur personnel.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Si elle affirme que les médecins spécialistes sont prêts à opérer « n’importe où et n’importe quand », la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, invite tout de même à la prudence. « Sommes-nous en train de créer un monstre ? » demande-t-elle.

PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE

Si elle affirme que les médecins spécialistes sont prêts à opérer « n’importe où et n’importe quand », la présidente de la FMSQ, la Dre Diane Francoeur, invite tout de même à la prudence.

Hier après-midi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a indiqué que son ministère était en train d’analyser les données sur les deux années de projet-pilote qui ont permis aux hôpitaux d’envoyer des patients se faire opérer dans trois cliniques : Centre de chirurgie Rockland MD (Montréal), Opmédic (Laval) et Chirurgie DIX30 (Brossard). Les coûts des procédures étaient payés par la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). En tout, 48 066 patients ont été opérés au privé depuis 2016, pour une facture totale de 44 millions. Hier, un article de La Presse révélait que les chirurgiens ayant participé au projet se disaient plus productifs au privé.

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Mme McCann a précisé que son ministère analysait actuellement la possibilité de prolonger d’un an le projet-pilote. « Nous devons regarder ce dossier de très près car ça améliore l’accessibilité […]. Moi, je pense qu’il faut que ce soit gratuit pour l’ensemble des patients. C’est efficace. Alors, il faut faire une bonne analyse, mais le dossier est bon. »

La ministre rappelle du même coup qu’il est important de « renforcer le réseau public », notamment en « utilisant les plateformes de chirurgie au maximum ». « Mais ces projets offrent un bon service. Efficace. On finalise l’analyse. Une recommandation sera faite prochainement au Conseil des ministres », dit-elle.

Une « fausse bonne nouvelle »

La Dre Francoeur dit avoir hâte de voir les données sur lesquelles se base Québec pour mener son analyse. Elle souhaite que « toutes les données y soient incluses ». La Dre Francoeur souligne notamment que « c’est sûr que le privé sera plus efficace que le public si on n’y fait que les cas simples ».

La Dre Francoeur espère également que le gouvernement prendra soin d’analyser tous les impacts de ces projets avant d’aller de l’avant. La Dre Francoeur craint notamment que le personnel des blocs opératoires publics, déjà une denrée rare dans le réseau, soit de plus en plus intéressé à aller travailler au privé, où il n’y a « pas de quarts de travail de soir et de fin de semaine ».

La Dre Francoeur estime que ce qui s’est produit avec les échographies devrait servir d’avertissement au réseau. « C’est un désastre, les échographies », dit-elle.

Depuis janvier 2017, le réseau public paie pour les échographies réalisées en cliniques privées. Alors que le réseau estimait que 150 000 échographies de plus y seraient réalisées chaque année, il s’en fait maintenant 450 000, affirme la Dre Francoeur. « Et personne n’évalue la pertinence », précise-t-elle.

La Dre Francoeur note aussi que de nombreux techniciens ont quitté les hôpitaux pour œuvrer au privé. La fin de semaine dernière, une salle d’angiographie était fermée à Sainte-Justine parce qu’il n’y avait pas de technicien pour l’opérer, témoigne-t-elle. « Tous sont partis au privé. On ne peut pas prendre des décisions aussi importantes à la légère », affirme-t-elle.