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Un expert fustige le paternalisme «déplacé» de la SQDC

Jean-Sébastien Fallu, chercheur spécialiste en toxicomanie.... (Martin Chamberland, ARCHIVES La Presse)

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Jean-Sébastien Fallu, chercheur spécialiste en toxicomanie.

Martin Chamberland, ARCHIVES La Presse

Tristan Péloquin
La Presse

Malgré son pot vendu 5,29 $ le gramme seulement (toutes taxes incluses) et sa mission de «développer l'acceptabilité sociale» de la marijuana, la Société québécoise du cannabis (SQDC) semble faire dans la «moralisation et la paternalisation déplacée» de sa clientèle, estime le chercheur spécialiste en toxicomanie Jean-Sébastien Fallu.

Présent lors du dévoilement de la succursale de la rue Saint-Hubert, le spécialiste des drogues à l'École de psychoéducation de l'Université de Montréal est de ceux qui voient des avantages au cannabis par rapport à l'alcool. «Le cannabis tue moins que l'alcool, cause moins d'accidents, de violence, et est moins toxique physiquement. Il crée aussi moins de dépendance. On parle de 9% de dépendance chez les consommateurs de cannabis, contre 16% pour les usagers de l'alcool», a-t-il plaidé devant la horde de journalistes venue assister au dévoilement de la succursale.

De par la loi, la SQDC devra s'en tenir à une «mission sociale» par laquelle elle cherchera à ne pas augmenter le nombre de consommateurs de cannabis, en interdisant notamment toute forme de marketing. 

«Il n'y aura pas de programme de reconnaissance ou de dégustation» semblables à ceux qu'on trouve dans les succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ), a résumé le PDG de la société d'État, Alain Brunet, qui a piloté la mise sur pied de la SQDC.

Jean-Sébastien Fallu voit dans cette approche à deux vitesses une certaine contradiction, qui semble glisser vers la «paternalisation déplacée» des consommateurs de pot. Selon lui, la SQDC devrait plutôt «relaxer» son approche très restrictive de marketing du cannabis, tout en resserrant les règles entourant la vente d'alcool.

«Si on regarde les données froidement, l'alcool est plus dangereux pour soi et pour autrui que le cannabis. En même temps, il ne faut pas banaliser le cannabis au point qu'il soit encouragé et valorisé, en plus d'être consommé avec de l'alcool. Mais si les gens délaissent l'alcool pour aller vers le cannabis, en général, d'un point de vue de santé publique, c'est un plus», croit M. Fallu. 

«Acceptabilité sociale»

L'acceptabilité sociale est l'un des principaux chevaux de bataille de l'industrie du cannabis, qui réclame depuis longtemps que les lois encadrant ses produits soient davantage inspirées de celles régissant l'alcool que de celles sur les produits du tabac. Lors d'une récente visite aux installations du producteur Hexo, à Gatineau, la question de l'«acceptabilité sociale» du cannabis a été évoquée à maintes reprises par la direction.

Le PDG de la SQDC et de la SAQ, Alain Brunet, a d'ailleurs affirmé hier que le «développement de l'acceptabilité sociale» de la consommation de cannabis était l'un des «trois piliers» qui avaient guidé la fondation de la chaîne. «Dans un premier temps, nous allons devoir démystifier [le cannabis], et c'est une question sociale qui va se régler à moyen ou long terme, j'irais même jusqu'à dire que c'est peut-être une question de génération. Ça ne se réglera pas en une année», a-t-il affirmé.

Sans aller jusqu'à dire que le cannabis est moins dangereux que l'alcool, la porte-parole de l'Association pour la santé publique du Québec, Émilie Dansereau, qui a aussi visité la succursale de la SQDC, estime que «le cannabis n'est pas pire que le tabac et l'alcool». 

«L'OMS estime qu'un décès sur 20 est provoqué par l'alcool. Il faut cependant faire attention : ça fait des années qu'on documente les effets de l'alcool scientifiquement. Pour le cannabis, il n'y a pas de corpus scientifique aussi vaste.»

«N'empêche, si on veut resserrer la mission de la SAQ, ce sera tant mieux», ajoute Émilie Dansereau.

Mme Dansereau s'est dite «impressionnée» par le concept proposé par la SQDC. «Ils respectent complètement l'esprit de la loi», a-t-elle indiqué. 

«Le fait qu'ils vendent du papier à rouler et des joints préroulés, qui sont probablement la pire option pour consommer le cannabis, m'a surprise. J'ai aussi remarqué que la plupart des produits affichent un très haut taux de THC, je me questionne à savoir s'il ne s'agit pas d'une forme d'encouragement à consommer des produits plus puissants», a-t-elle toutefois noté.

«Un exercice délicat»

Hugô Saint-Onge, chef et fondateur du Bloc pot, se montre plus sceptique. «Un des membres du parti a suivi la formation pour devenir employé de la SQDC et a abandonné tant il était découragé. Son impression est que si un client sort de la SQDC sans rien avoir acheté, c'est une réussite. Pour l'État, la consommation de cannabis est comme une toxicomanie. C'est un comportement déviant, et c'est ce qui se dégage de l'approche qui a été présentée», a-t-il estimé.

Adam Greenblatt, militant pro-marijuana de longue date qui travaille aujourd'hui pour le producteur de cannabis Canopy Growth, s'est pour sa part montré plus enthousiaste. «C'est très beau et très professionnel», a-t-il commenté.

«Trouver la balance entre promotion et santé publique est un exercice délicat. Je pense qu'ils ont la bonne balance. Les magasins ne sont pas agressants. Je suis assez fier de constater que le Québec a réussi l'exercice, surtout avec un échéancier aussi serré.»




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