Plus de la moitié des personnes âgées prennent des médicaments potentiellement inappropriés, selon une nouvelle étude de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS). Le problème des somnifères est particulièrement criant au Québec.

Mis à jour le 22 mai 2018
Mathieu Perreault LA PRESSE

Pauvreté

Les médicaments inappropriés sont très souvent prescrits aux personnes à faible revenu. « Quand il y a un problème d'anxiété ou de dépression, on peut prendre des médicaments, mais il faut aussi penser à la psychothérapie », explique la docteure Cara Tannenbaum, auteure principale du rapport de l'ICIS. « Seulement, les médicaments sont remboursés par les assurances publiques, mais pas la psychothérapie ou le soutien social. C'est la même chose pour la douleur chronique : on va vers les opioïdes parce que la physiothérapie n'est pas couverte par les régimes publics. » Pour les plus pauvres, l'avenue des médicaments pose aussi un problème financier. « Parfois, pour payer la coassurance, certains doivent se passer de légumes. » La proportion des personnes âgées qui prennent plus de 10 catégories différentes de médicaments passe de 14 % à 21 % si on compare les ménages les plus riches et les plus pauvres (en quintiles).

Somnifères

L'une des différences régionales les plus frappantes concerne les somnifères : le quart des personnes âgées en prennent au Québec, alors que la moyenne canadienne n'est que de 10 %. Les raisons sont nébuleuses, mais les conséquences sont négatives. « Le risque de chute augmente beaucoup avec la prise de somnifères », dit la Dre Tannenbaum, qui dirige l'Institut de la santé des femmes et des hommes aux Instituts de recherche en santé du Canada, en plus d'enseigner en pharmacie à l'Université de Montréal. D'autres provinces qui ont des taux élevés de consommation de somnifères ont pris le taureau par les cornes. En Nouvelle-Écosse, où 20 % des personnes âgées en prennent, le programme provincial Sleepwell aide depuis 2014 les insomniaques à améliorer leur sommeil grâce à la thérapie comportementale cognitive. « C'est une excellente approche », dit la Dre Tannenbaum.

Métabolisme

Le portrait s'est légèrement amélioré, mais pas assez vite, d'autant plus que de nouvelles études montrent que le problème de l'abus de médicaments est pire que l'on pensait. « Il y a de plus en plus de données qui montrent que les personnes âgées métabolisent moins bien certains médicaments, la molécule reste dans leur sang plus longtemps, dit la Dre Tannenbaum. Les femmes les métabolisent aussi moins bien que les hommes. » La proportion de personnes âgées qui prennent de façon chronique des médicaments potentiellement dangereux a diminué de 34 % à 31 % entre 2011 et 2016.

Conduite

D'autres pays vont encore plus loin pour contrer l'abus de médicaments. La Dre Tannenbaum donne en exemple le Danemark, où les autorités responsables des permis de conduire ont accès au dossier médical des conducteurs pour restreindre la conduite automobile des patients qui prennent des médicaments endormant le cerveau, comme les somnifères. « C'est particulièrement important pour les femmes. Le lendemain, 45 % ont encore le somnifère dans le sang. Ça rend la conduite plus dangereuse, en plus d'augmenter le risque de fractures de hanches et de troubles de mémoire. »

EN CHIFFRES

60 %: Proportion des résidants de CHSLD qui prenaient des antidépresseurs au Canada en 2016

36 %: Proportion des résidants de CHSLD qui prenaient des antipsychotiques au Canada en 2016

2,9 %: Proportion des personnes âgées prenant plus de 15 catégories de médicaments qui ont été hospitalisées pour une réaction négative à un médicament au Canada en 2016

Source : ICIS