Même si elle reconnaît avoir créé la «confusion» en affirmant que ses nouveaux compteurs intelligents n'émettent que six fois par jour, Hydro-Québec affirme que ceux-ci ne représentent aucun danger pour la santé.

Mis à jour le 24 janv. 2012
Charles Côté LA PRESSE

La semaine dernière, La Presse a révélé que ces compteurs, reliés entre eux par un réseau sans fil, émettent 1500 fois par jour à des fins de synchronisation, en plus des 6 fois par jour aux fins de transmission dont parle Hydro-Québec dans sa documentation officielle à la Régie de l'énergie.

«J'avoue qu'il y a eu de la confusion sur le nombre de fois que les compteurs émettent, a dit Isabelle Courville, présidente d'Hydro-Québec Distribution, en conférence de presse hier. Mais ce n'est pas pertinent. Ce qui est important, selon les experts, selon Santé Canada, c'est l'intensité moyenne.»

Sous cet angle, affirme Mme Courville, les ondes produites par les compteurs sont 100 000 fois inférieures aux normes de Santé Canada, compte tenu du fait qu'ils n'émettent au total que 90 secondes par jour.

Selon le responsable du projet, Georges Abiad, 11 clients ont malgré tout refusé l'installation du compteur. «Il y a des gens qui se disent sensibles aux radiofréquences», a-t-il dit.

«Résultats concluants»

Hydro-Québec a annoncé hier qu'elle avait terminé son projet-pilote d'installation de compteurs. Selon M. Abiad, le réseau est très performant et a déjà permis d'établir à distance la facture de certains des 20 000 abonnés où les nouveaux compteurs ont été installés.

Dans la MRC de Memphrémagog, une des trois régions où le projet-pilote a été implanté depuis 18 mois, les compteurs ont permis à Hydro-Québec de voir instantanément quels abonnés avaient perdu le courant au passage de l'ouragan Irene.

«Après 18 mois de tests, nos résultats sont concluants, dit Mme Courville. Notre prochaine étape sera de présenter le dossier à la Régie de l'énergie.»

C'est devant ce forum que Mme Courville souhaite que se fasse le débat sur les prétendus effets néfastes des compteurs. Elle se dit aussi prête à convaincre «un à un» les quelque 3,8 millions de clients d'Hydro du fait que les risques des radiofréquences sont «inexistants».

Est-ce que des clients auront la possibilité de refuser ces compteurs? «L'expérience nous permet d'envisager le déploiement dans la quasi-totalité des cas», répond Mme Courville.

Radiofréquences

Le débat sur les dangers des radiofréquences oppose la grande majorité des experts et autorités de santé publique à une frange de chercheurs plus marginaux. Ces derniers disent avoir décelé des effets sur le diabète, la sclérose en plaques, la fonction cardiaque, la concentration, etc.

Ils soulignent aussi que les études sur la nocivité des téléphones cellulaires indiquent un effet cancérigène chez les grands utilisateurs.

D'ailleurs, en mai 2011, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a classé les radiofréquences comme «peut-être cancérogènes pour l'homme» à cause «d'un risque accru de gliome, un type de cancer malin du cerveau, associé à l'utilisation du téléphone sans fil».

Mais les expériences scientifiques qui tentent de prouver les effets physiologiques de l'exposition aux radiofréquences sont rarement concluantes, affirme le Dr Michel Plante, responsable des questions de santé publique à Hydro-Québec.

Quoi qu'il en soit, les compteurs sans fil d'Hydro-Québec ne font qu'ajouter des radiofréquences marginales à un nuage auquel il est impossible d'échapper. Selon Hydro-Québec, la radio FM demeure la principale source d'exposition, avec les réseaux de communications sans fil et la télé numérique.

Hydro-Québec a pris des mesures au coin de la rue Jarry et de l'avenue de l'Esplanade. Le taux de radiofréquence y était de 425 millionièmes de watt par mètre carré, huit fois plus que l'intensité moyenne du rayonnement à 1 m de ses compteurs. «S'il y a un problème avec les radiofréquences, c'est de cela qu'il faut parler», a affirmé Mme Courville.