Quatre ans après que le ministre Yves Bolduc se fut engagé à doter la Rive-Sud d'une nouvelle salle d'intervention pour les infarctus du myocarde, on attend toujours.

Mis à jour le 4 déc. 2010
Sara Champagne LA PRESSE

Aux prises avec de l'équipement qui tombe en décrépitude, le chef des soins intensifs de l'hôpital Pierre-Boucher, le Dr Claude Rivard, craint qu'un patient finisse par perdre la vie faute de soins dans le délai requis.

«Ce qui est enrageant, a expliqué à La Presse le Dr Rivard, c'est que l'espace pour la nouvelle salle d'hémodynamie est prêt. Nous avons eu le financement pour acheter l'équipement, mais pas pour l'installer.»

La semaine dernière, l'équipe des soins intensifs a accueilli un patient de 58 ans en pleine récidive d'un infarctus aigu du myocarde avec arythmie mortelle, raconte le Dr Rivard. On l'a réanimé, intubé puis transféré à la salle d'hémodynamie pour déboucher son artère.

«Mais une fois sur la table, relate le Dr Rivard, l'appareil est tombé en panne. Il a fallu envoyer le patient à l'Institut de cardiologie de Montréal pour qu'on puisse enfin procéder à l'intervention. Heureusement, c'était un dimanche et les ponts étaient dégagés. Mais il reste que notre patient a souffert à cause du délai d'une heure, et que le fait qu'un médecin devait l'accompagner nous a privés d'un membre de notre équipe.»

À la direction médicale et des services professionnels de l'établissement, le Dr Michel Lawrence, bien au courant de l'affaire, explique qu'une somme d'environ 600 000$ est nécessaire à l'installation de l'appareil. «Le Ministère a fait montre d'ouverture, mais on attend toujours l'argent, dit-il. Cette salle est un filet de sécurité essentiel pour les patients de la Montérégie. En hémodynamie, chaque minute fait perdre du muscle cardiaque, avec un lot de séquelles pour le patient. Cela entraîne donc des frais pour la société.»

Une «chicane politique»

Ironiquement, l'hôpital Pierre-Boucher a reçu un prix en octobre dernier pour souligner l'excellence de son programme d'«Identification préhospitalière de l'infarctus du myocarde» (IPIM). Ce n'est donc pas l'expertise médicale qui est en cause. Il s'agirait plutôt d'une «chicane politique avec le CHUM, qui veut rapatrier la clientèle de la Rive-Sud», estime le Dr Rivard.

Le Dr Guy Leclerc, cardiologue et fondateur du Centre cardiovasculaire du CHUM, a déjà déclaré, en 2007, qu'il y avait suffisamment de salles d'hémodynamie à Montréal pour répondre à la demande provinciale et que ce serait en quelque sorte du gaspillage d'investir sur la Rive-Sud. La Presse n'a pas été en mesure de le joindre, hier.

Mais depuis cette déclaration, et avec la nécessité documentée de couvrir toute la province dans des délais très courts, l'hémodynamie est devenue une priorité gouvernementale. À l'instar de l'hôpital Pierre-Boucher, les hôpitaux maintenant équipés pour procéder à des angioplasties sont nombreux à conclure des ententes avec les ambulanciers afin d'intervenir rapidement. À Pierre-Boucher, le temps moyen pour une intervention door to balloon, comme disent les médecins dans le jargon, est de 46 minutes.