Avec les 495 millions supplémentaires annoncés hier pour agrandir et moderniser le CHU Sainte-Justine, la facture pour construire les trois mégahôpitaux universitaires à Montréal est en voie de doubler. Les travaux évalués au départ à 3,6 milliards atteignent maintenant près de 6 milliards, soit 5,7 milliards. Des sommes qui ne tiennent toutefois pas entièrement compte de l'inflation selon l'échéancier de 2018.

Mis à jour le 19 août 2010
Sara Champagne LA PRESSE

À Sainte-Justine, on explique que cette différence de près d'un demi-milliard en quatre ans est attribuable au centre de recherche dont le financement n'était pas compris dans les premières projections du gouvernement. Il s'agira d'un nouveau bâtiment de 27 000 mètres carrés pourvus de laboratoires à la fine pointe de la technologie.

Le directeur général de l'hôpital mères-enfants, le Dr Fabrice Brunet, affirme que les plans dévoilés lundi par le premier ministre Jean Charest sont «définitifs» et qu'ils assureront la survie de l'établissement pour au moins 30 ans.

«Aujourd'hui, nous sommes convaincus, mais alors là vraiment convaincus, que ce projet va se réaliser avec son budget et dans son échéancier sans que nous touchions à chacun des aspects sauf si nous tombions sur une mine de diamants ou un gisement de pétrole, a-t-il expliqué à La Presse. C'est mon engagement et nous allons le réaliser tel qu'il a été annoncé.»

Au Centre hospitalier universitaire francophone (CHUM), l'augmentation des coûts est également imputable au centre de recherche. Initialement, sa construction aux abords du Vieux-Montréal était évaluée à 320 millions, mais elle a grimpé à une valeur nette de 470 millions en janvier dernier. Avec ces ajustements, le projet du CHUM au centre-ville est passé de 1,518 à 2,575 milliards en quatre ans, soit une hausse de 1,057 milliard depuis 2006.

Le Centre universitaire anglophone (CUSM), dont les travaux ont commencé en partenariat public-privé (ppp) au campus Glen, s'en sort un peu mieux, avec des coûts qui sont passés de 1,579 à 2,225 milliards, une hausse de 646 millions. Le CUSM a déjà attribué ces hausses au contexte financier.

Les soins de première ligne

Au-delà des coûts qui ont grimpé en flèche, les têtes dirigeantes du milieu de la santé s'entendent pour dire qu'il faut retaper les hôpitaux au même titre que les routes et viaducs. Malgré tout, les inquiétudes sont grandes au sujet de la main-d'oeuvre qui sera nécessaire au roulement de ces mégahôpitaux dans un contexte de pénurie, où les régions aussi ont des besoins.

«Notre préoccupation, c'est l'ordre de priorité du gouvernement, dit le Dr Louis Godin, président de la Fédération des omnipraticiens du Québec (FMOQ). Présentement, les Québécois ont peine à avoir un médecin de famille. C'est merveilleux, des hôpitaux universitaires, on ne peut pas être contre ça, mais j'attends toujours pour la médecine familiale, j'ai hâte d'obtenir quelque chose en médecine familiale.»

Tant du côté de l'Ordre des infirmiers et infirmières du Québec que du côté de la FIQ, on a des craintes concernant la précarité dans laquelle le réseau fonctionne. «Regardez ce qui se passe en Outaouais: on a une urgence neuve, mais pas le personnel pour la faire rouler, fait remarquer le vice-président de la FIQ, Daniel Gilbert. On ne clonera pas des infirmières. Ce n'est pas le béton qui va attirer les jeunes en soins infirmiers, ce sont de meilleures conditions de travail.»

La présidente de l'Association des pédiatres du Québec, Pascale Hamel, est d'accord pour dire qu'il faudra attirer des infirmières et elle estime qu'il faudra rendre attrayante la néonatalogie, une «surspécialité.» «On a 33 résidents en pédiatrie cette année, explique-t-elle, mais ce n'est pas certain qu'ils seront attirés par cette branche, exigeante, qui demande souvent de travailler de nuit.» Elle rappelle que les unités de la néonatalogie débordent au Québec, qu'il faut des infirmières cliniciennes pour appuyer la pédiatrie, dans un contexte où la gratuité de la procréation assistée promet l'arrivée de nouveaux bébés.