Mercredi matin dernier, dans une chambre de l'hôpital de Montmagny. Thérèse Brochu, 85 ans, fait ses valises. Hospitalisée depuis près d'une semaine, la dame rentre chez elle. Alors que la majorité des personnes âgées perdent rapidement leur autonomie à l'hôpital, Mme Brochu resplendit dans sa belle robe fleurie et sort de sa chambre sur ses deux pieds.

Ariane Lacoursière LA PRESSE

«Je ne suis pas aussi bien qu'avant ma maladie, mais je vais bien!» dit-elle.

Depuis l'automne dernier, l'hôpital de Montmagny a décidé de tout mettre en oeuvre afin que le séjour des aînés à l'hôpital n'entraîne plus de complications. C'est que les recherches montrent que la majorité des personnes de 65 ans et plus ressortent amoindries d'une hospitalisation.

«Les deux conséquences les plus fréquentes sont le syndrome d'immobilisation (perte de mobilité et d'autonomie) et la confusion mentale», explique le Dr André Doiron, omnipraticien qui travaille à Montmagny.

Qui plus est, un aîné alité perd de 1 à 2% de sa masse musculaire par jour. «Une personne de 85 ans que l'on garde alitée pendant une semaine... Imaginez les dégâts», illustre le Dr Doiron.

Les personnes âgées qui ont perdu leur autonomie à la suite d'une hospitalisation ont ensuite besoin d'une multitude de services: réadaptation, soins à domicile, placement en résidence...

«Mais tout cela peut être évité si on change nos pratiques», dit le Dr Doiron. En s'inspirant de recherches menées par l'équipe OPTIMA du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM), le Dr Doiron a créé le programme «Gérontonomie», qui vise à empêcher que les aînés vulnérables perdent leur autonomie à l'hôpital.

Son premier défi: montrer au personnel que le pire ennemi des patients, c'est l'immobilité. «Garder quelqu'un couché, ça ne tient pas la route si on veut le guérir, assure le Dr Doiron. En fait, le pire service à rendre à un aîné pour le soigner, c'est de le coucher.»

Des chaises

Un des premiers changements apportés à l'hôpital de Montmagny a donc été d'installer des chaises à côté de toutes les civières aux urgences. Mercredi dernier, Donald Bourgeault, 88 ans, en faisait bon usage. Bien assis à côté de sa civière, il attendait de voir son médecin. «J'ai mal au genou, mais j'ai hâte de retourner travailler!» a dit cet artisan de Saint-Jean-Port-Joli.

Aux étages, les patients sont aussi invités à quitter le lit pour s'asseoir dans leur chaise plusieurs fois par jour.

Par exemple, les patients ne prennent plus leurs repas au lit. «Ils doivent manger assis sur leur chaise», affirme le Dr Doiron. Mme Brochu a noté ce changement de pratique. «Ils ne nous laissent plus couchés comme avant!» dit-elle.

Pour faciliter les mouvements des patients âgés, l'hôpital de Montmagny essaie d'éviter de leur installer des solutés et des sondes, et on ne remonte plus systématiquement les ridelles de lit.

Le personnel s'assure également que les aînés mangent et boivent suffisamment et restent orientés. À ce sujet, devant chaque lit et chaque civière, on a installé de grands tableaux blancs où sont inscrits la date et le nom des médecins et des infirmières qui travaillent auprès des patients. On a aussi éliminé les diètes restrictives. «Notre seul souci, c'est que les personnes âgées mangent», dit le Dr Doiron. Enfin, on ne prend plus les signes vitaux des patients la nuit afin de favoriser leur sommeil.

Prévention et réhabilitation

«Avec le vieillissement de la population, un nombre grandissant de personnes âgées sont hospitalisées. Ces personnes ont souvent besoin de soins à domicile, de réhabilitation... Le poids sur le réseau est énorme alors qu'on peut faire des choses pour prévenir ces coûts», explique Daniel Paré, directeur général de l'hôpital de Montmagny.

Selon M. Paré, les modifications apportées par son établissement sont simples et n'ont coûté que 160 000$ en deux ans. Cet argent a notamment permis l'embauche d'une infirmière, Mélanie Poirier, qui s'assure que les aînés à risque sont bien traités.

Tous les employés ont reçu de la formation pour apprendre à mieux traiter les patients âgés. Souvent débordés, certains craignaient de ne pas avoir le temps, par exemple, de faire bouger les patients. «Mais j'ai expliqué qu'il y a des gains à aller chercher. Par exemple, on essaie de savoir quels gestes la personne était capable de faire avant d'être hospitalisée. Si elle était capable de se laver seule et que sa maladie lui permet de le faire, pourquoi ne continuerait-elle pas de se laver seule à l'hôpital? Ça aide sa mobilisation et diminue les tâches du personnel», dit le Dr Doiron.

Des résultats?

On connaîtra les résultats quantitatifs du projet Gérontonomie à l'automne. Mais différentes recherches menées en Europe et aux États-Unis ont déjà démontré que les hôpitaux qui ont changé leurs façons de faire voient les risques de complications diminuer de 40%. «On parle beaucoup de la méthode LEAN, qui veut augmenter de 5% la performance des blocs opératoires. Mais avec l'approche des aînés, on parle de performances plus significatives avec bien moins de technologie!» lance le Dr Doiron.

Il est conscient que les changements ont été faciles à implanter dans son hôpital, qui ne compte que 71 lits. Mais selon lui, le Québec aurait tout intérêt à changer d'attitude par rapport aux aînés.

Un document conçu par l'équipe de la gériatre Marie-Jeanne Kergoat qui explique comment traiter les aînés à l'hôpital commence tout juste à circuler chez les directeurs généraux d'établissements de santé du Québec. Le Dr Doiron espère que tous s'en inspireront pour changer les choses. «C'est possible de changer. Il faut juste commencer quelque part», dit-il.