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Lisette Jean

Lisette Jean... (Photo: Ivanoh Demers, La Presse)

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Lisette Jean

Photo: Ivanoh Demers, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

«Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé», écrivait le poète Lamartine. Tous ceux qui vivent l'expérience du départ définitif qu'est la mort doivent pouvoir à un moment ou l'autre exprimer leur souffrance, chercher du réconfort. C'est ainsi que Lisette Jean a fondé la Maison Monbourquette. Depuis 2004, elle est un lieu de références, de partage d'expérience, de soutien. Pour cette initiative unique au Canada, on vient de remettre à Mme Jean la médaille du lieutenant-gouverneur du Québec pour les aînés. Dans la foulée de cet honneur, La Presse et Radio-Canada la nomment Personnalité de la semaine.

Lisette Jean a fondé il y a sept ans une maison qui porte le nom de Jean Monbourquette, théologien, philosophe et psychologue. Depuis longtemps, cet homme consacre sa vie à aider des personnes à trouver un sens à leur vie, notamment les endeuillés en quête d'écoute et de chaleur humaine. Mme Jean a profité de son aide à un moment pénible de sa vie et elle en a été profondément inspirée. Elle a décidé de dédier son énergie et sa santé retrouvées aux autres en leur offrant ce qu'elle a reçu elle-même.

Quand la vie bascule

En 1984, Lisette Jean était propriétaire d'une boutique de vêtements. La mode était une passion. Elle avait quitté à 18 ans son port d'attache familial dans Charlevoix, pour tenter sa chance à Montréal et mener sa vie à sa manière. À force de travail et d'opiniâtreté, elle s'était forgé une place enviable dans le monde des affaires. Et puis ce fut l'accident. Conductrice d'une voiture sport, par conséquent mal protégée, elle a été violemment heurtée par une voiture et a subi des blessures très graves. Elle a frôlé la mort. Plusieurs heures plus tard, elle s'entretenait avec sa mère au téléphone tout en lui cachant son accident. Comme un malheur n'arrive jamais seul, sa mère est décédée subitement dans les heures qui ont suivi. Dans l'état où elle était, elle n'a pu faire son deuil de cette mère aimée.

Commence alors un long périple de souffrance qui va durer des années. «J'avais mal à tout mon corps. Et dans mon âme encore plus.» Elle a fait la rencontre de Jean Monbourquette et s'est plongée dans la lecture de son livreAimer, perdre et grandir (vendu à plus de 300 000 exemplaires). «J'ai enfin compris ce qui m'arrivait, le sens de mes souffrances.» Elle participe, bien des mois plus tard, au premier groupe de deuil animé par le père Oblat, au Centre Saint-Pierre-Apôtre. Elle suit avec lui des cours de formation en relation d'aide. Et passe trois mois en Haïti comme bénévole. Entre-temps, elle a tout perdu: sa boutique et de nombreux (soi-disant) amis.

Le bout du tunnel

Après l'accident, la grande préoccupation de cette femme forte et énergique a été de se reprendre en main, de recouvrer la santé. «Bien sûr, j'ai eu besoin d'aide. Toutes ces épreuves m'ont transformée: je suis devenue plus humaine, me reposant sur la prière, pour m'aider à sortir du trou noir.» Elle a la chance d'avoir quelques amis qui l'ont soutenue et encouragée.

«Un jour, il faudra que je fasse quelque chose, se disait-elle, afin de remettre ce que j'ai reçu.» Un grand projet mûrit en elle. Elle organise une première réunion chez elle pour jeter les bases de son projet: une maison pour venir en aide aux endeuillés. D'un petit local à un plus grand, toujours dans un presbytère, elle met à contribution son réseau et démarre en équipe la rédaction d'un annuaire de références. Un an plus tard naît la première ligne d'écoute. Les bénévoles sont devenus essentiels pour tenir l'édifice. Aujourd'hui, rue Bloomfield, on en compte 38.

Sophie Chartrand assure la direction de l'organisme, tandis que Lisette Jean, à titre de présidente du conseil d'administration, se consacre à la pérennité de la maison. Les membres de l'équipe ont réalisé 1 015 rencontres individuelles. Depuis 2006, on note une augmentation des appels à la ligne d'écoute de près de 166%! «Dans notre société, la mort est souvent occultée. Et l'absence de rituels crée une plus grande solitude, croit Mme Jean. L'idéal est qu'un jour, l'être souffrant puisse célébrer la fin de son deuil, sans oublier sa perte, mais avec une sérénité nouvelle.»

«La population vieillit et laisse parfois, au moment d'un deuil, le conjoint survivant dans le plus grand désarroi. De plus en plus de jeunes se manifestent à la suite de la mort d'un bébé, d'un enfant, d'un suicide dans la famille. Et il y a tellement d'autres drames, telles les morts violentes.»

Elle assure: «Il y a des ramifications à l'oeuvre chaque jour, des besoins auxquels il faut répondre. Il nous reste beaucoup de travail à faire!»

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