(Québec) Les organisateurs du convoi contre les mesures sanitaires de Québec ont quitté la ville en début de soirée dimanche, mais ce n’est que partie remise : ils promettent un « Woodstock de la liberté » dans deux semaines.

Mis à jour le 6 février
Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse

« On vous propose quelque chose, on va manifester […], on va continuer toute la journée, on va quitter nous autres ce soir, et on va revenir pour clore le Carnaval. On a 15 jours pour se préparer, parler à nos familles, nos amis. On se redonne rendez-vous dans deux semaines », a lancé Bernard Gauthier, l’un des organisateurs du mouvement, dimanche, à une foule réunie devant le parlement.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, LA PRESSE

Bernard Gauthier en compagnie de manifestants, samedi

Son comparse, Kevin Grenier, a ajouté que les manifestants avaient « deux semaines pour ramasser de l’argent, avertir [leurs] chums, avertir tout le monde ». « Dans deux semaines ça va être le temps de relâcher notre lousse, pis la, ça va être un Woodstock de la liberté, parce que je veux du monde en crisse », a-t-il dit. Le Carnaval de Québec se termine toutefois la semaine prochaine, le dimanche 13 février.

Dimanche, après avoir accepté que des camions bloquent les voies du boulevard René-Lévesque en direction est pour la manifestation de samedi puis pour toute la nuit, le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a annoncé sur les réseaux sociaux que sa tolérance avait une limite : « À partir de 17 h, tout véhicule immobilisé à un endroit prohibé est passible d’une contravention et même d’un remorquage afin d’éviter la continuité de l’infraction ». Des policiers ont alors distribué des avis de courtoisie à cet effet.

Une demi-heure avant l’ultimatum, il restait une douzaine de camions, et environ 200 personnes étaient toujours réunies devant le parlement. Des haut-parleurs crachaient du Linkin Park, puis, brusque changement de registre, on a fait jouer Imagine de John Lennon pour accompagner une séance de « méditation » au cours de laquelle on appelait les manifestants à se faire des câlins. C’était une façon de dire que la manifestation tirait à sa fin.

Les organisateurs levaient le camp. On a retiré les blocs de béton déposés devant les roues du camion rouge arborant le slogan « Fuck Trudeau, fuck Legault », stationné à l’intersection d’Honoré-Mercier et de René-Lévesque. Le véhicule a quitté les lieux un peu avant 17 h.

Des policiers se sont ensuite dirigés vers les autres camions pour signifier aux conducteurs que l’heure était venue de partir. Ils ont quitté les lieux sans faire d’histoire, sous les coups de klaxons. Une foule modeste saluait leur départ. Tous se donnaient rendez-vous au même endroit dans deux semaines. À 17 h 20, le calme habituel du dimanche soir était revenu sur le boulevard René-Lévesque. Le SPVQ s’apprêtait à rouvrir les voies de circulation.

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Des policiers portaient des coquilles sur leurs oreilles lors de la manifestation des camionneurs, dimanche matin. Le maire de Québec, Bruno Marchand, a salué leur travail : « Être là pendant plusieurs heures à entendre ce bruit-là, c’est vraiment difficile, ça finit par peser sur la patience », a-t-il dit.

Les organisateurs Bernard Gauthier et Kevin Grenier se sont réjouis du succès de leur activité, qui a réuni des milliers de manifestants samedi pour s’opposer aux mesures sanitaires mises en place par le gouvernement Legault pour lutter contre la pandémie de COVID-19. Ils se sont d’ailleurs vantés d’avoir fait ombrage au Carnaval de Québec. « Heille, le bonhomme Carnaval, on te l’a clenché », a lancé M. Grenier à une foule enthousiaste. Il l’a également souligné sur les réseaux sociaux : « Carnaval de Québec en bleu. Le carnaval de la liberté en rouge. […] Finalement le bonhomme Carnaval en a mangé une », s’est félicité Kevin « Big » Grenier en commentant une photo aérienne de la manifestation de samedi.

Bernard Gauthier de son côté a souligné que la manifestation de Québec avait évité les débordements. « Il y a beaucoup de familles qui appréhendaient de la casse parce que les médias […] nous avaient prêté des intentions avant qu’on arrive. J’étais supposé battre le Bonhomme Carnaval. Ben le bonhomme ne s’est même pas présenté dans l’octogone », a-t-il dit.

Le maire de Québec défend Bonhomme

En soirée, le maire de Québec, Bruno Marchand, a fait le point sur la manifestation et en a profité pour se porter à la défense de Bonhomme. « Je ne pense pas [que Bonhomme s’est fait clencher]. Je ne pense pas que Bonhomme est en compétition contre personne. Il est en compétition contre cet état de post ou quasi-post-cinquième vague où c’est vrai qu’on en a tous marre et qu’on a envie de fêter et de retrouver cette joie de vivre. Et je pense que c’est ce que Bonhomme a donné et va continuer de donner », a-t-il dit.

« Quand on fait une concurrence à Bonhomme en disant : ‟Moi, je suis plus populaire que Bonhomme”, ça intéresse qui ? Ça intéresse qui, d’être plus populaire que Bonhomme ? On compare une photo d’un site avec une photo d’un autre, on oublie […] qu’il y avait d’autres sites pour le carnaval. La popularité du Carnaval, ça ne se compare pas avec la manifestation et ce n’est pas ça, l’enjeu », a-t-il ajouté.

L’élu ne s’inquiète pas de voir une autre manifestation s’organiser dans deux semaines : « À la lumière de ce que nous avons vécu en fin de semaine, on peut être confiants que les choses vont bien se faire. Les manifestants qui sont venus en fin de semaine avaient de bonnes intentions », a soutenu M. Marchand.