(Ottawa) Le premier ministre Justin Trudeau promet des précisions « dans les semaines à venir » en ce qui a trait à la réouverture des frontières au tourisme international. Il maintient que le variant Delta force le pays à rester sur ses gardes.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

En marge d’une annonce en Gaspésie, mercredi, il a dit comprendre l’« impatience » de la population et des représentants du milieu du tourisme et du voyage. Mais s’il fallait encaisser un recul et reconfiner après des mois d’efforts, ce serait d’autant plus frustrant, a-t-il insisté.

« Je comprends qu’on est très, très contents d’avoir un été un peu plus normal. On est contents de voir des amis, on est contents de faire des barbecues dehors avec les voisins. Mais on sait aussi que même si on approche de la fin, on n’en a pas fini avec cette pandémie », a exposé Justin Trudeau.

« On vient juste de permettre aux Canadiens qui sont pleinement vaccinés de revenir sans avoir à faire de quarantaine [et] on va avoir des prochaines étapes à annoncer dans les semaines à venir. Mais ce serait un désastre de devoir revenir en arrière parce qu’on a été trop pressés de quelques semaines », a-t-il souligné.

Ces assouplissements, qui sont entrés en vigueur le 5 juillet dernier, ne permettent pas aux enfants âgés de moins de 12 ans, qui ne sont pas admissibles à la vaccination contre la COVID-19, d’échapper à l’obligation de se placer en quarantaine, ce qui a suscité l’ire de nombreuses familles, dont les binationales.

Le premier ministre s’en est dit conscient. « Effectivement, il y a un défi pour les enfants qui voyagent à l’international […] Ce n’est pas une décision politique qu’on est en train de prendre pour punir les enfants. On est guidés par la science […], et la science n’est pas arrivée encore à vacciner les enfants », a-t-il lancé.

Ottawa a évoqué l’atteinte d’un seuil de 75 % de la population ayant reçu les deux doses du vaccin avant de rouvrir les frontières. Il n’est cependant pas impossible que le contagieux variant Delta, qui représentait à la fin juin environ 30 % des nouveaux cas dans certaines régions du Canada, ne vienne brouiller les cartes.

Un plan réclamé

La pression se fait de plus en plus forte sur le fédéral pour qu’il relâche les mesures frontalières.

Elle vient de provinces canadiennes, du sud de la frontière — un groupe de législateurs du Midwest américain a officiellement demandé mercredi à Washington et Ottawa de rouvrir la frontière aux voyageurs entièrement vaccinés —, et de représentants du secteur du tourisme et du voyage, sévèrement amochés par la pandémie.

À l’aéroport international Montréal-Trudeau, mercredi, la Table ronde canadienne du voyage a exhorté le gouvernement à rouvrir les frontières aux voyageurs internationaux qui sont adéquatement vaccinés, alors que la deuxième saison estivale consécutive de voyages est menacée.

« Depuis 16 mois, notre entreprise aérienne est effectivement en pause […] Nous ne pouvons pas assurer la pérennité de notre entreprise en comptant uniquement sur les voyageurs canadiens », a déclaré Christophe Hennebelle, porte-parole de Transat, par voie de communiqué.

Le gouvernement Trudeau doit offrir davantage de prévisibilité, notamment pour les voyageurs d’affaires, en déposant « sans attendre » un plan de réouverture des frontières, a plaidé Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

« Le tourisme d’affaires en particulier, incluant les évènements et les conférences qui sont planifiés des années à l’avance, souffre du manque de clarté sur la levée des restrictions entourant l’accueil des voyageurs internationaux », a-t-il exposé dans le même communiqué de la Table ronde.

La France aussi tape du pied

Il n’y a pas que cette une coalition pancanadienne de chefs de file du secteur du tourisme et des voyages qui s’impatiente : dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne, l’ambassadrice de la République française au Canada, Kareen Rispal, a relayé celle du pays qu’elle représente.

« Il faudrait que les frontières rouvrent assez rapidement maintenant pour qu’on remette le Canada sur nos plans de voyage et de déplacement. Sinon, c’est vrai que les ministres français iront dans les pays où ils peuvent aller », a-t-elle prévenu, allant jusqu’à évoquer un possible froid diplomatique entre les deux pays.

« La fermeture des frontières, ça a quand même comme conséquence qu’il n’y a plus de visites. Il n’y a plus de ministres. Il n’y a plus de parlementaires. Il n’y a pas de visites d’industriels. Il n’y a pas de visites d’artistes. […] Les relations ont besoin de s’entretenir au quotidien, de se nourrir », a insisté Mme Rispal.

La France permet l’entrée sur son territoire des Canadiens qui peuvent prouver une vaccination complète ou qui soumettent un test récent négatif tout en attestant, sur l’honneur, ne pas avoir de symptômes de la COVID-19.

« On n’a pas exigé la réciprocité. […] Certains le déplorent », a laissé tomber l’ambassadrice.

Avec La Presse Canadienne