Camping dans des zones protégées, tapage nocturne et excréments laissés derrière : la Gaspésie est prise d’assaut par des vacanciers mal élevés qui ont mal planifié leur séjour, selon des résidants dégoûtés.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

« C’est le bordel, lance Daniel Côté, le maire de Gaspé. Le territoire a été envahi par une horde de visiteurs qu’on ne reçoit pas habituellement, qui sont débarqués de façon déstructurée, désorganisée, sans réserver et en accaparant le territoire. […] Ils sont partout, partout, partout. »

À Gaspé, ils sont « des centaines » à s’être installés sur les plages, parfois avec leurs véhicules récréatifs au milieu de la végétation fragile. Au petit matin, les voisins retrouvent une côte maculée de bouteilles vides et de sacs dans lesquels des touristes ont fait leurs besoins.

Le maire Côté précise qu’il s’agit à son avis d’une petite minorité des visiteurs, mais celle-ci est « très dérangeante ».

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Daniel Côté, maire de Gaspé

Nos plages sont devenues quasiment des dépotoirs pour ce type d’utilisateurs.

Daniel Côté, maire de Gaspé

« C’est le dossier le plus lourd que j’aie eu à porter depuis sept ans que je suis maire », a-t-il continué.

Avec la fermeture de la frontière canado-américaine et les limites d’accès aux provinces maritimes, des dizaines de milliers de Québécois ont dû changer leurs plans habituels de vacances. Certains se sont organisés adéquatement, mais d’autres ont improvisé et se retrouvent parfois à camper sur des terrains privés ou des lieux publics, comme les plages.

« Trop de monde »

« J’oserais dire qu’il y a possiblement trop de monde » cette année, a avoué Cathy Poirier, mairesse de Percé, dont la municipalité vit pourtant essentiellement du tourisme. « C’est incalculable, il y en a partout. » L’élue s’inquiète notamment pour la résistance de son réseau de distribution d’eau, mais aussi pour le système de santé gaspésien si une éclosion de COVID-19 devait survenir.

Mme Poirier a donné l’exemple d’un site naturel – la chute de la rivière aux Émeraudes – où plus de 600 personnes se sont retrouvées lundi dernier bien qu’il ait été fermé au public. La municipalité a dû carrément barrer le chemin d’accès pour le protéger.

La SQ en renfort

Devant l’ampleur du problème, différentes municipalités gaspésiennes ont pris le taureau par les cornes.

Percé et New Richmond ont des règlements municipaux qui interdisent le camping dans les lieux publics, y compris les plages publiques. Elles ont annoncé leur volonté de faire appliquer ces règles par la Sûreté du Québec (SQ).

À Gaspé, aucun règlement de ce type n’existe. Le maire Côté a annoncé hier la création d’une escouade qui patrouillera sur les plages pour demander aux vacanciers de ne pas endommager le milieu naturel et de ramasser leurs déchets.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Après une soirée arrosée, des campeurs installés sur la plage ont laissé traîner leurs déchets.

« Ce n’est pas votre 3 étoiles à Cayo Coco »

Les élus gaspésiens ne sont pas les seuls à être horrifiés par le comportement de certains visiteurs que la Gaspésie n’a pas l’habitude de recevoir.

Jean-François Tapp, qui tient une auberge près de Percé, a diffusé il y a quelques jours des photos de véhicules qui s’étaient aventurés sur la plage de la région à la marée montante. La mer menaçait de les engloutir.

Les gens s’installent n’importe où et plusieurs ne se ramassent pas.

Jean-François Tapp, aubergiste

« On en parle tous les jours, c’est le gros sujet de conversation en ce moment », ajoute-t-il. Son auberge a ouvert un champ adjacent à 15 campeurs rustiques, mais le livre de réservations s’est rempli en un rien de temps.

Antoine Favreau, un jeune Montréalais qui vient de visiter la Gaspésie pour le quatrième été consécutif, a vu une différence par rapport à ses séjours précédents. Dans un texte devenu très populaire jeudi sur les réseaux sociaux, intitulé « La Gaspésie n’est pas un tout inclus », il dénonce le comportement de certains campeurs du dimanche. « J’ai honte, a-t-il écrit. [La Gaspésie], ce n’est pas votre 3 étoiles à Cayo Coco. C’est notre perle nationale. »

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« Les gens étaient très inquiets de cette vague-là », a-t-il ajouté en entrevue téléphonique.

« Pas de place à l’improvisation »

La Presse a posé la question à des Gaspésiens sur les réseaux sociaux.

« La cohabitation est très difficile étant donné que les touristes se croient tout permis et investissent les plages pour camper, mais ne se ramassent pas du tout ! », a répondu Yvette Dufresne. « Leurs toilettes, c’est le sable », a ajouté Sylvie Sinnett. « Les gens sont cochons. Les Gaspésiens les accueillent, et voilà comment ils les remercient », a fait valoir Dany Ayotte.

D’autres étaient plus positifs, soulignant que la grande majorité des touristes étaient courtois et que la cohabitation se déroulait bien.

C’est aussi l’avis de Stéphanie Thibaud, de Tourisme Gaspésie, l’organisation qui fait la promotion de la région auprès des visiteurs potentiels.

« Oui, il y a une problématique, mais il ne faut pas oublier que cette année, les établissements d’hébergement n’opèrent pas tous au maximum de leur capacité », a-t-elle dit. Son organisation utilise les médias spécialisés pour tenter de passer le message aux campeurs : « On doit planifier, on doit réserver notre voyage. Il n’y a pas de place à l’improvisation. »