(Val-D’or) Plusieurs intervenants régionaux de l’Abitibi-Témiscamingue ne décolèrent pas à la suite de la décision d’Air Canada d’arrêter unilatéralement de desservir les aéroports de Rouyn-Noranda et de Val-d’Or.

Michel Ducas
La Presse canadienne

« Nous sommes une fois de plus isolés, se désole la directrice générale de l’Association touristique régionale de l’Abitibi-Témiscamingue (ATRAT), Randa Napky. Des aéroports comme Bagotville et Thunder Bay sont toujours desservis par Air Canada, mais nous, non. C’est non seulement inadmissible, mais c’est aussi inquiétant. »

Un service critiqué

Randa Napky s’interroge sur les agissements du transporteur aérien, qui a essuyé sa large part de critiques au cours des dernières années, notamment en raison de nombreux vols annulés en provenance et en direction de l’Abitibi. « Est-ce qu’on est victimes d’une vendetta en raison des nombreuses sorties des politiciens de la région, se demande Mme Napky. Nous sommes conscients que la crise (de la COVID-19) a changé la donne, mais de là à annuler carrément la desserte aérienne régionale, c’est non seulement périlleux pour le tourisme, mais ça vient jouer sur le développement régional dans son ensemble. »

Plusieurs personnes utilisent quotidiennement le service aérien pour différentes raisons, notamment les dirigeants des sociétés minières, dont les sièges sociaux sont à Montréal et Toronto, et qui doivent se déplacer régulièrement sur les sites de la région. « Et on ne parle même pas des gens qui doivent aller subir des traitements médicaux à Montréal, note Randa Napky. On a le troisième plus gros aéroport au Québec (après les aéroports Pierre-Elliott Trudeau et Jean-Lesage). C’est un manque total de respect envers l’Abitibi-Témiscamingue. Je dirais même que c’est du mépris, et je le dis non seulement en tant que directrice générale de l’ATRAT, mais aussi en tant que résidante de l’Abitibi-Témiscamingue. »

Les aéroports de Val-d’Or et Rouyn-Noranda paient le prix

L’annulation de tous les vols d’Air Canada a également un impact direct sur les finances des deux aéroports. « C’est une perte de revenus importante pour nous, dit la directrice de l’aéroport régional de Val-d’Or (ARVO), Louise Beaulieu, qui souligne elle aussi le fait que l’Abitibi-Témiscamingue se trouve isolée du reste du Québec. Ici, on a eu la chance de conserver toute la desserte du transit minier, c’est ce qui nous a sauvés. Sinon, notre situation aurait été bien pire. »

Parlant d’autres transporteurs, plusieurs entités, dont la Chambre de commerce de Val-d’Or, ont évoqué la possibilité que le transporteur Air Creebec, qui dessert les communautés du Grand Nord, puisse prendre le relais. Le problème, c’est que l’entreprise basée à Val-d’Or a cessé elle aussi ses vols commerciaux en raison du coronavirus, se consacrant exclusivement pour le moment sur les vols nolisés. De toute façon, la fréquence de leurs vols vers Montréal était déjà insuffisante, soulignent Mmes Napky et Beaulieu, qui ajoutent qu’il faudra s’asseoir avec Air Creebec une fois la crise de la COVID-19 terminée, pour voir quelles seraient les possibilités de partenariat.

À quand le retour des vols ?

Air Canada reprendrait sa desserte vers l’Abitibi le 8 septembre. Mais rien n’est moins sûr. « C’est une question de gros sous avant d’être une question de service public, déplore Randa Napky. Le ministre des Transports (Marc Garneau) nous doit des explications. Sommes-nous moins importants que les gens de Sept-Îles ou de Thunder Bay ? »

De son côté, Louise Beaulieu compte sur le voyagiste Sunwing, qui offre des destinations soleil à partir de Val-d’Or, pour renflouer ses coffres. « La crise fait très mal aux voyagistes, et ça se traduit par des pertes financières pour nous aussi, indique-t-elle. Tout le monde attend de voir jusqu’à quel point l’industrie du voyage aura été touchée, notamment chez nous. »

Aux bureaux d’Air Canada, la porte-parole, Pascale Déry, confirme la date-butoir du 8 septembre pour réévaluer la situation dans la région. « La demande est toujours faible à ce temps-ci de l’année, indique-t-elle, et c’est encore pire cette année avec la crise. Nous avons pris la décision de restreindre nos vols régionaux, et de les annuler pour certaines destinations, comme Val-d’Or et Baie-Comeau. Avec la reprise des activités économiques, nous allons assurément réévaluer la situation. »

- Texte signé par un journaliste de l’Initiative de journalisme local (La Presse canadienne)