Le Club motoneige Saint-Donat, la chambre de commerce locale et le maire du village réclament du gouvernement caquiste qu'il remplisse sa promesse de rouvrir le parc du Mont-Tremblant aux motoneigistes. Mais il n'est pas question de hors-piste ni d'ajout de sentiers, mais plutôt d'emprunter une route où circulent déjà tous les autres véhicules motorisés neuf mois par année.

Mis à jour le 26 nov. 2018
Kathleen Lévesque et Marissa Groguhé LA PRESSE

Il y a deux semaines, ils ont envoyé une lettre au nouveau ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, Pierre Dufour. L'objectif : permettre l'accès au sentier de motoneige Caribou, c'est-à-dire la route 3 reliant Saint-Donat à Saint-Michel-des-Saints. Il s'agit d'une route de 31 kilomètres de gravier, qui à une autre époque permettait le transport du bois coupé en forêt. Depuis 2013, il n'y a plus aucune circulation permise dès que la neige s'accumule.

« Sur cette route-là, c'est des pick-up, des motorisés, des autos, des gros moteurs diesel. [...] Si tu les autorises l'été, pourquoi pas les motoneiges l'hiver ? », demande Jean Michaud, du Club motoneige Saint-Donat. « C'est un non-sens. Pour nous, ça manque de cohérence », renchérit le maire de Saint-Donat, Joé Deslauriers.

S'il n'en tenait qu'aux deux hommes, les amateurs traverseraient de nouveau le parc du Mont-Tremblant pour profiter de la neige. « Quand il y a une tempête à Montréal, c'est une malédiction. Ici, c'est de l'or blanc qui tombe », affirme M. Michaud, qui rappelle que l'économie locale souffre de la situation tant et tellement que 22 commerces ont fermé leurs portes.

Mais voilà, les motoneiges sont interdites dans les parcs nationaux depuis 2000, à la suite d'un important débat sur la protection de la mission des parcs nationaux - qui est incompatible, selon ce qu'a établi le gouvernement, avec les motoneiges. Des groupes écologistes estiment que cette activité constitue une pollution sonore en plus de nuire à la faune et d'endommager des milieux fragiles comme les marais.

SYMBOLE PUISSANT

Joé Deslauriers est conscient que le parc du Mont-Tremblant est un symbole puissant et que, surtout, la question environnementale est au coeur des préoccupations exprimées durant la récente campagne électorale. 

« Chez nous, l'environnement, c'est notre marque de commerce. Mais le passage des motoneiges, ce n'est pas un enjeu environnemental puisqu'on ne passe pas sur les lacs ou en dehors des sentiers. On ne coupe pas d'arbres non plus. » - Joé Deslauriers, maire de Saint-Donat

« Passer sur la route 3, il n'y a vraiment aucun problème avec ça », insiste le maire, qui souhaite maintenant que « le gouvernement tienne parole dès cet hiver ».

Le 31 août dernier, la Coalition avenir Québec s'était engagée à rouvrir le sentier Caribou qui traverse le parc du Mont-Tremblant. Le député de Deux-Montagnes, Benoît Charette, alors porte-parole en matière de transport, avait déclaré qu'« un gouvernement caquiste va rouvrir l'article 21 de la Loi sur les parcs pour permettre aux motoneigistes de circuler à nouveau », avait rapporté L'information du Nord Saint-Agathe. Cet article 21, abrogé depuis 1987, accorderait au ministre un pouvoir de dérogation.

Jeudi dernier, l'hebdomadaire annonçait que le ministre avait récemment été sollicité et qu'une réponse se faisait attendre. Samedi, Le Devoir affirmait que Québec avait déjà donné son aval à la demande, ce qu'a nié hier le cabinet ministériel. L'attachée de presse Véronique Boulanger se borne à dire qu'une analyse est en cours « et qu'une annonce sera faite bientôt, mais ça ne signifie pas qu'elle sera favorable ».

La Fédération des clubs de motoneigistes du Québec appuie la démarche de Saint-Donat. Déjà, au printemps dernier, une rencontre avec le gouvernement libéral avait eu lieu. Il en était ressorti, selon le directeur général de la Fédération, Stéphane Desroches, « une ouverture certaine » pour redonner « un accès encadré » aux motoneigistes. M. Desroches plaide pour une refonte complète de la Loi sur les parcs. Mais d'abord, il tentera dès demain de joindre le cabinet du ministre « pour avoir l'heure juste ».

PAS SI VITE

« On reculerait au niveau environnemental avec une telle décision, avance Christian Simard, directeur général de Nature Québec, organisme oeuvrant depuis près de 40 ans pour la conservation de la nature et le maintien des écosystèmes. Ça risque de créer un dangereux précédent. »

Selon lui, la présence de motoneiges n'est pas souhaitable, d'abord parce que « certaines motoneiges peuvent avoir une empreinte écologique extrêmement élevée au niveau des [gaz à effet de serre] », explique-t-il.

Le passage des véhicules aurait également un impact sur la faune, dont le milieu de vie serait bouleversé. 

« Chaque sentier fragmente un habitat, et dans les parcs nationaux, on essaie de le faire le moins possible. Dans certains endroits, les espèces d'animaux sont extrêmement sensibles à ces perturbations et vont fuir plusieurs kilomètres plus loin. » - Christian Simard, directeur général de Nature Québec

Tout comme M. Simard, la directrice pour le Québec au sein du Fonds mondial pour la nature (WWF-Canada), Sophie Paradis, croit qu'il y a déjà assez de routes réservées aux motoneigistes. « Nos parcs ont été créés pour profiter de la nature, y avoir accès, souligne-t-elle. Y ajouter des activités motorisées va avoir un impact sonore et sur la pollution de l'air. Ce n'est pas du tout la mission d'un parc national. »

« Il y a eu un changement de gouvernement et les clubs de motoneiges s'essayent, ajoute Christian Simard. Les politiciens tombent dans le piège, mais c'est extrêmement négatif si le ministre utilise son pouvoir discrétionnaire contre cette politique qui existe depuis plusieurs années et qui interdit les motoneiges dans les parcs. »