La police du Grand Nord québécois menace de se retirer de la région dans les prochaines semaines si Québec et Ottawa refusent de mieux la financer, un ultimatum qui déclenche des préparatifs du côté de la Sûreté du Québec (SQ).

Philippe Teisceira-Lessard LA PRESSE

Le chef du Corps de police régional Kativik (CPRK) a affirmé jeudi qu'il était sur le point de jeter l'éponge et de demander à la SQ d'assurer la sécurité dans les 14 villages inuits du Nunavik.

« On n'est pas à minuit moins cinq. On est à minuit moins une », a affirmé Jean-Pierre Larose devant la commission Viens, chargée d'étudier les relations entre les autochtones et les services publics québécois. La Commission siégeait cette semaine à Kuujjuaq.

M. Larose est en négociation avec les gouvernements provincial et fédéral afin de renouveler l'entente sur le financement du CPRK, échue en avril dernier. Depuis, l'organisation fonctionne grâce à un fonds de réserve.

« Malheureusement, si on n'a pas d'entente d'ici Noël, je vais être dans l'obligation de demander à la Sûreté du Québec de prendre la relève en termes de sécurité publique au Nunavik », a-t-il affirmé, selon les images de la Commission relayées par le Réseau de télévision des peuples autochtones.

Jean-Pierre Larose voudrait voir le financement du CPRK augmenter afin qu'il puisse procéder à l'embauche d'une trentaine de nouveaux policiers. Son organisation en compte actuellement 68. Certains travaillent dans des conditions « inhumaines », a-t-il dit, notamment à cause de l'isolement des villages qui ne sont accessibles qu'en avion.

Le CPRK est aux prises avec un taux de criminalité extrêmement élevé. Toutes proportions gardées, ses interventions se terminent beaucoup plus souvent par un décès ou l'infliction de blessures graves que celles des autres corps de police de la province.

De son côté, le ministère de la Sécurité publique se dit « bien au fait » de la situation. « Il y a des négociations en cours dans ce dossier. Elles progressent bien », a indiqué par courriel le porte-parole du ministère provincial, Patrick Harvey.

Ressac au sommet

L'ultimatum de M. Larose n'a pas plu au leadership inuit.

« Ce n'est pas sa place », a affirmé hier devant la même commission le président de la Société Makivik, Charlie Watt, selon le journal local Nunatsiaq News. « Ce devrait être aux élus de faire de telles déclarations », a renchéri son collègue Johnny Adams.

Pour sa part, la Sûreté du Québec se dit prête à toute éventualité. « On est en train d'actualiser le plan de desserte », a indiqué la porte-parole Martine Asselin. « Advenant le cas où on aurait une demande, on serait prêts. »

Les audiences de la commission Viens au Nunavik ne sont pas diffusées sur l'internet comme elles le sont lorsqu'elle siège dans le sud de la province : seuls les médias présents sur place ont accès en temps réel aux discussions.

La SQ avait la responsabilité du Nunavik jusqu'à la création du CPRK en 1995. Depuis, le corps de police provincial a repris la responsabilité de la région pendant une période de quelques semaines en 2006, alors que la police locale était en crise.