Aux prises avec des urgences qui débordent de façon chronique, les médecins du CHUM craignent que la situation ne soit encore pire dans le nouvel hôpital.

Pascale Breton LA PRESSE

Le plan fonctionnel et technique (PFT) qu'on leur a présenté a été construit à partir de mauvaises prémisses.

«Les médecins sont préoccupés et inquiets, déclare la Dre Emmanuelle Jourdenais, chef du service des urgences, en entrevue à La Presse. Le PFT repose sur une durée moyenne de séjour qui n'est pas atteinte.»

 

La durée moyenne de séjour (DMS) est le temps que passe un patient aux urgences avant d'obtenir son congé ou d'être hospitalisé. Le plan du futur CHUM a été établi en fonction d'une DMS de 12 heures pour les patients sur civière et de huit heures pour les patients ambulatoires, explique la Dre Jourdenais.

Or, aucun hôpital de Montréal n'atteint actuellement ces cibles, particulièrement le CHUM. Les dernières données disponibles révèlent que la DMS dans les hôpitaux de Montréal est de 19,3 heures.

La situation est si difficile que le gouvernement ne veut même plus parler de la cible de 12 heures qu'il s'était fixée pour 2010.

Le mécontentement se fait sentir chez les médecins du CHUM. Depuis que le PFT a été présenté au conseil des médecins, dentistes et pharmaciens de l'hôpital, il y a deux semaines, chacun se questionne sur l'avenir qui attend les urgences.

Beaucoup de médecins ont même l'impression que les administrateurs n'ont pas entendu les commentaires qu'ils ont apportés au fil des ans sur le projet du CHUM.

Le plan prévoit un total de 51 civières aux urgences, dont quatre à la salle de choc. C'est là où sont traités les patients qui arrivent dans un état critique ou instable.

L'hôpital Notre-Dame, qui deviendra l'hôpital local du CSSS Jeanne-Mance, aura aussi ses urgences. Les planificateurs prévoient que c'est là que se dirigera la masse des patients.

Les urgences du CHUM ne devraient plus accueillir que 65 000 patients par année, alors qu'on en compte 115 000 actuellement dans les trois hôpitaux. On estime que Notre-Dame recevra quelque 54 000 personnes.

Théoriquement, si le CHUM ne reçoit pas plus de patients que prévu, le plan peut se tenir, estime la Dre Jourdenais. «Mais la seule marge de manoeuvre sera de dévier les ambulances. On ne peut quand même pas refuser les patients qui arrivent à pied.»

Les médecins craignent de se retrouver dans la même situation qu'à l'hôpital du Sacré-Coeur. Ses urgences ont été rénovées, mais les problèmes sont aussi criants qu'avant. Des lits de débordement ont déjà été créés parce que les urgences ne suffisent pas à la tâche. «Sacré-Coeur est toujours plein, on ne veut pas de ça», lance la chef des urgences du CHUM.

Le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette, entrevoit lui aussi de graves problèmes à l'horizon. Les gens vont préférer l'hôpital neuf au vieil hôpital Notre-Dame, dit-il. «Il va y avoir moins de place aux urgences du CHUM que dans le CHUM actuel. On va revivre constamment le drame de l'Hôtel-Dieu», lance-t-il.

L'été dernier, l'Hôtel-Dieu a manqué d'effectif au point de risquer la rupture de services, si bien que le CHUM a demandé aux patients de se tourner plutôt vers Saint-Luc ou Notre-Dame, où la situation, en conséquence, s'est détériorée.