Des Mohawks d'Akwesasne qui manifestent tous les jours depuis un mois devant la frontière canado-américaine affirment que leur contestation pourrait devenir «plus musclée» dans les prochains jours si l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ne revient pas sur sa décision d'armer ses douaniers, qui doit devenir effective demain.

Daphné Cameron LA PRESSE

Les habitants d'Akwesasne - une réserve de 12 000 personnes qui chevauche les frontières du Québec, de l'Ontario et de l'État de New York - soutiennent que leurs rapports avec les douaniers du poste de Cornwall, situé au coeur de leur territoire, en Ontario, sont déjà pénibles, notamment parce que le trafic de drogue et la contrebande de tabac sont des pratiques répandues à la frontière. Ils craignent que l'armement des douaniers exacerbe les tensions et engendre la multiplication ou le dérapage des épisodes d'abus de pouvoir et de profilage racial dont ils se disent victimes depuis une dizaine année.

 

«Tous les Mohawks, peut importe leur sexe, leur profession ou leur âge, sont traités comme des trafiquants de drogue», résume l'un des chefs de la communauté, Joe Lazore. Il n'y a rien de rassurant dans le fait que des gens qui nous traitent comme des terroristes se voient confier des armes à feu. J'ai surtout peur qu'un agent dégaine son arme et que ça se termine de façon tragique.»

Le grand chef de la nation d'Akwesasne, Tim Thompson, concède que tous les douaniers n'ont pas un comportement répréhensible.

300 plaintes

«Mais nous avons porté plus de 300 plaintes depuis deux ans contre des douaniers de Cornwall qui ont violé des droits fondamentaux, précise-t-il. Elles n'ont jamais été traitées; tout ce que nous avons reçu ce sont des accusés de réception. Et maintenant on veut armer les douaniers? C'est de la pure provocation.» Depuis que le gouvernement conservateur a annoncé l'armement des 4800 agents des services frontaliers du Canada d'ici à 2016, les Mohawks d'Akwesasne ont demandé à maintes reprises une rencontre formelle avec le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan. Deux jours avant l'implantation de la nouvelle mesure, ils n'y étaient toujours pas parvenus.

«La frustration est à son comble dans la communauté, a expliqué le grand chef. Ils sont en train de nous pousser à bout. C'est une question de souveraineté territoriale et de respect. La douane est sur notre territoire, notre opinion devrait être considérée.»

La porte-parole de l'ASFC, Patrizia Giolti, a refusé d'accorder une entrevue téléphonique à La Presse hier.

Dans un communiqué émis par l'agence fédérale, le directeur général régional de la région du Nord de l'Ontario, Rick Comerford, a toutefois souligné qu'il avait eu des rencontres avec le conseil des Mohawks d'Akwesasne et qu'il s'engage «à maintenir ce dialogue avec eux».

«Il n'y a pas de dialogue en ce moment, dit Tim Thompson. On a demandé au président de l' ASFC, Stephen Rigby, de suspendre la décision pour poursuivre la discussion et il nous a répondu que la situation «est ce qu'elle est». Ce à quoi j'ai répondu: «Notre réponse sera ce qu'elle sera.»»

Le rassemblement pacifique se poursuivra devant le poste frontalier de Cornwall aujourd'hui. Au cours de la semaine, des actions plus spectaculaires pourraient être envisagées, ont affirmé plusieurs leaders de la communauté. «Ce sera une décision votée par la communauté, précise Tim Thompson. Mais il se peut que certaines personnes perdent patience.»