Jacques Joli-Coeur, maire suppléant de la Ville de Québec et ancien chef du protocole au ministère des Affaires internationales, a confié hier qu'il songeait à renvoyer sa médaille de la République française en France, à la suite des déclarations controversées du président français Nicolas Sarkozy sur le mouvement souverainiste.

Mis à jour le 18 févr. 2009
André Noël LA PRESSE

S'il prend cette décision, M. Joli-Coeur sera le premier Québécois à protester de façon aussi formelle aux propos que M. Sarkozy a tenus, début février, lorsqu'il a décerné le grade de commandeur de la Légion d'honneur au premier ministre du Québec, Jean Charest.

 

Le président français a alors associé le mouvement souverainiste au «sectarisme», à «l'enfermement sur soi» et à la «détestation de l'autre». Bien des souverainistes ont dénoncé ces déclarations. Reste à savoir si ceux d'entre eux qui ont reçu des décorations françaises ont l'intention de les rendre. S'il passe de la parole aux actes, M. Joli-Coeur sera le premier à le faire.

«C'est une réflexion, a-t-il dit, hier, lors d'un entretien. J'ai été assez choqué que le premier ministre de tous les Québécois (Jean Charest) soit soumis à ces déclarations (du président français Nicolas Sarkozy). Je suis très gêné parce que, d'abord, tout souverainiste que je sois, je n'ai jamais accusé mes compatriotes canadiens de faire preuve de détestation à mon égard, et je n'en ai certainement pas à leur égard.

«C'est bien évident que c'est un excès de langage, qui ne fait aucune référence à la réalité canado-québécoise. J'étais très heureux de voir mon premier ministre honoré dans les circonstances. Mais j'ai été choqué de voir qu'il a été mis devant un guet-apens, pour ainsi dire.

«Les Québécois francophones sont souverainistes ou fédéralistes, mais ils sont respectables. Ce n'était pas très gracieux, la façon dont ces propos hors texte ont été tenus.»

Décision personnelle

Selon des sources bien informées, M. Joli-Coeur aurait déjà fait savoir, en privé, qu'il avait l'intention de renvoyer sa médaille d'officier de l'ordre national du Mérite. Mais il n'a pas l'intention de rendre sa décision publique, dit-il. «C'est une décision d'ordre personnel, et je ne la ferai pas connaître», a-t-il ajouté.

Chef du protocole au ministère des Affaires internationales au début des années 1980, il a ensuite été sous-ministre adjoint du ministère des Relations internationales et du ministère de la Culture et des Communications. Depuis 2002, il est maire suppléant de la Ville de Québec. C'est en 1999 qu'il a reçu sa médaille, à Paris, pour sa contribution au développement des relations entre le Québec et la France.