Les automobilistes québécois pourraient un jour devoir souffler dans un dispositif de détection d'alcool avant de pouvoir faire démarrer leur automobile.

Mis à jour le 13 févr. 2010
Bruno Bisson LA PRESSE

Dans une lettre adressée en mars 2008 à son homologue fédéral de l'époque, Lawrence Cannon, la ministre des Transports du Québec, Julie Boulet, affirme que la technologie permet maintenant d'envisager «l'introduction d'un antidémarreur éthylométrique comme équipement standard dans tous les véhicules» vendus au Canada.

La ministre estime que «ces technologies agiront comme une mesure passive de sécurité routière, au même titre que la ceinture de sécurité et le coussin gonflable». La Suède, conclut-elle, a l'intention d'imposer leur installation dans tous les véhicules neufs dès 2012.

Dans sa réponse, que La Presse a obtenue, le ministre fédéral des Transports accueille poliment cette requête, mais fait remarquer que cela risque d'être un peu plus long au Canada.

Il n'existe encore ni normes, ni directives d'utilisation uniformes pour ces systèmes, au pays. Et ce, sans parler «des implications techniques et des coûts qu'entraînerait un tel projet».

«Il faudra attendre un certain temps, écrit le ministre, avant que des questions techniques, politiques et juridiques soient réglées et que ce type de dispositif puisse être exigé dans les véhicules automobiles.»

«Il y a plusieurs défis à relever, écrit M. Cannon, notamment la façon dont les mesures d'alcoolémie seront prises, la fréquence à laquelle le dispositif doit être calibré et la façon d'éviter que des mesures soient faussées par d'autres types de produits à base d'alcool», comme un rince-bouche, par exemple.

L'antidémarreur éthylométrique fait partie d'un train de mesures qui feront l'objet d'une attention particulière aux prochaines rencontres de la Table québécoise de la sécurité routière, selon des documents obtenus par La Presse.

Les autres mesures sont: la tolérance «zéro alcool» au volant d'un camion ou d'un autre véhicule commercial; l'obligation de former le personnel des bars et des restaurants à intervenir pour empêcher des clients trop imbibés de conduire; et le dépistage systématique des conducteurs impliqués dans des accidents mortels ou ayant causé des blessures.

Selon des données de la SAAQ, l'alcool demeure l'un des principaux facteurs du lourd bilan routier de la province. Entre 2003 et 2007, les accidents liés à la consommation d'alcool ont fait en moyenne près de 200 morts et 3000 blessés, chaque année, sur les routes du Québec.

Depuis déjà plus de 10 ans, la Société de l'assurance automobile du Québec a recours à des antidémarreurs éthylométriques pour «contrôler» à distance des personnes qui ont été condamnées à plusieurs reprises pour avoir conduit sous l'influence de l'alcool mais qui ont récupéré leur permis de conduire.

Selon Johanne St-Cyr, vice-présidente de la SAAQ pour la sécurité routière, la requête de la ministre Boulet fait suite à une recommandation formulée par la Table québécoise de sécurité routière en juin 2007.