La Sûreté du Québec, chargée de l'enquête policière sur la mort de Fredy Villanueva, n'a jamais pris les déclarations des deux agents du Service de police de la Ville de Montréal impliqués dans la mort du jeune homme.

Caroline Touzin LA PRESSE

Le corps policier a reçu du SPVM des rapports écrits signés par les deux agents plus d'une semaine après l'événement, a révélé hier, le sergent-détective Bruno Duchesne de la SQ, premier témoin à l'enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva qui s'ouvrait, hier, au palais de justice de Montréal.

 

Ça a pris environ 45 minutes avant que la direction du SPVM ne soit informée de l'intervention policière qui a mal tourné. L'assistant-directeur du SPVM, Mario Plante, l'a appris à 19h47. Il a signalé l'événement au ministère de la Sécurité publique à 19h58. Puis à 20h, l'enquête était officiellement transférée à la SQ. Trois heures plus tard, vers 23h, l'enquêteur principal du dossier, Bruno Duchesne, est arrivé au parc Henri-Bourassa, lieu de la mort du jeune Villanueva.

Ce soir-là, tout de suite après l'intervention policière, les agents Stéphanie Pilotte et Jean-Loup Lapointe ont été conduits à leur poste de quartier (PDQ 39). L'agent Lapointe venait de tirer quatre coups de feu, dont deux ont atteint Fredy Villanueva. Du PDQ, les deux policiers ont été transportés à l'hôpital Notre-Dame.

Le même soir, ils ont reçu leur congé de l'hôpital et sont retournés au PDQ 39. C'est là que des policiers de la Sûreté du Québec ont pris des photos de leurs blessures (non spécifiées, hier). Ils ont aussi saisi leur arme de service sans prendre leur déclaration. «Ils étaient en arrêt de travail pour une semaine, a indiqué l'enquêteur Duchesne de la SQ. On a dit au SPVM qu'on voulait le rapport dès que possible. On nous a mentionné qu'on obtiendrait leur version à leur retour au travail. On a respecté ça.»

Un témoin clé jamais retracé

L'enquêteur Duchesne a également révélé, hier, l'existence d'un témoin clé, Claude Laguerre, que ni la SQ ni le procureur de l'enquête du coroner, Me François Daviault, n'ont réussi à interroger à ce jour. Et ce, bien qu'ils connaissent son adresse. Ce témoin a été le premier à porter secours à Denis Meas, après que celui-ci eut été atteint par balle par l'agent Lapointe. Dans sa déclaration à la police, Denis Meas a dit qu'il pensait que Laguerre avait été témoin de l'intervention policière.

Or, ce soir-là, Laguerre a donné une mauvaise adresse aux services d'urgence. «On n'a pas été capables de le retracer», a dit l'enquêteur Duchesne. Du moins, des policiers et le procureur Daviault ont parlé à la mère de Laguerre chez qui il est censé résider. Ils ont laissé des messages sur son répondeur et ont envoyé même un huissier pour le convoquer à l'enquête du coroner. Sans réponse. L'ironie de cette affaire, c'est que Laguerre, 20 ans, a des antécédents judiciaires d'agression armée. Il a des conditions strictes de mise en liberté à respecter.

Quelque 70 objets ont été saisis aux fins de l'enquête de la SQ, notamment trois dés dans les poches de pantalon de Denis Meas. Rappelons que la Couronne n'a pas porté d'accusation criminelle contre les deux agents du SPVM qui avaient expliqué leur intervention policière ainsi: des jeunes, dont Fredy Villanueva, contrevenaient à un règlement municipal en jouant aux dés dans un endroit public (parc Henri-Bourassa).

La SQ a aussi saisi trois canettes de bière Bud Light, un tube en carton sans fond «pouvant servir à brasser les dés», des pièces de monnaie au sol et un mégot de cigarette «ressemblant à un joint», selon l'enquêteur Duchesne. Moins d'un gramme de pot et un canif ont été trouvés dans les poches de jeans d'un autre jeune témoin clé, Jeffrey Sagor Metellus.

Le témoignage de l'enquêteur Duchesne se poursuit aujourd'hui. Plus tard durant l'enquête, le procureur François Daviault a annoncé qu'il ferait entendre les dernières paroles de Fredy Villanueva, prononcées lors de son transport vers l'hôpital du Sacré-Coeur dans l'ambulance munie d'un moniteur cardiaque permettant ce genre d'enregistrement. «Ce n'est pas très compréhensible, mais on comprend qu'il est conscient», a expliqué Me Daviault.