Voulant « rétablir les faits « à la suite des récents reportages relatifs aux investissements faits dans les entreprises de l'homme d'affaires Tony Accurso, le Fonds de solidarité de la FTQ a envoyé une lettre à chacun de ses 572 000 actionnaires. Une opération évaluée à quelque 200 000$.

André Duchesne LA PRESSE

« Le Fonds est régi par des règles de gouvernance les plus strictes et conformes à l'ensemble de l'industrie financière «, indique le président-directeur général du Fonds et signataire du document, Yvon Bolduc. Datée du 13 mars, la lettre compte six paragraphes. Yvon Bolduc y écrit entre autres que les récents reportages sur les « dépenses excessives « d'un ex-dirigeant de la FTQ-Construction (Jocelyn Dupuis) n'ont rien à voir avec le Fonds de solidarité. Il ajoute que les actionnaires n'ont pas été lésés par cette histoire mise au jour par l'émission Enquête de la Société Radio-Canada.

 

Puis M. Bolduc aborde la question des liens entre le président de la FTQ et président du conseil d'administration du Fonds de solidarité, Michel Arsenault, et l'homme d'affaires Tony Accurso. Un autre reportage de Radio-Canada, diffusé le 11 mars, dévoilait que M. Arsenault avait passé une semaine de vacances sur le bateau de Tony Accurso, un des plus importants entrepreneurs en construction du Québec.

Or, au fil des ans, la Fonds de solidarité a investi 114 millions dans les entreprises de M. Accurso. Lors du séjour de M. Arsenault sur le yacht, un ancien président de la FTQ-Construction, Jean Lavallée, était aussi présent. Depuis, M. Arsenault a annoncé que ses activités personnelles seraient régies par son « devoir de réserve «.

Avant tout investissement dans une entreprise, quel que soit le domaine, les projets font l'objet d'une analyse de spécialistes, dont des avocats, conseillers financiers, fiscalistes, etc., se défend Yvon Bolduc. Puis, les cas sont soumis aux « instances décisionnelles « du Fonds, en majorité composées de personnes indépendantes de la FTQ, et enfin au conseil d'administration (qui lui est en majorité formé de représentants de la FTQ, ce qui n'est pas spécifié dans la lettre). Nulle part non plus ne retrouve-t-on les noms de Jocelyn Dupuis, de Tony Accurso, de Jean Lavallée ou même de Michel Arsenault. Pourquoi n'a-t-il pas signé la lettre au lieu d'Yvon Bolduc?

« Il faut que nos actionnaires comprennent la distinction entre ce qui se passe dans les syndicats et au Fonds de solidarité, répond Josée Lagacé, conseillère principale des relations avec les médias. Le Fonds de solidarité est l'entité financière qui, oui, a été créée par la FTQ il y a 25 ans, mais qui est indépendante de ce qui se passe dans les différents syndicats. Le problème qui est survenu avec M. Dupuis à la FTQ-Construction concerne la FTQ-Construction. M. Bolduc est le PDG, c'est lui qui tient les guides des stratégies d'investissement du Fonds, alors que M. Arsenault est président du conseil. (...) C'était le moment de distinguer les deux rôles. «

Au sujet de la dépense de 200 000$, Mme Lagacé indique qu'elle a été prise à même le budget de communication aux actionnaires. Or, le Fonds n'a pas fait de campagne publicitaire durant la période des REER de 2005 à 2008 et a mené une petite campagne cette année. Pour Mme Lagacé, cela revient à dire qu'il n'y a pas de perte financière. « On pense que c'est une opération qui devait être faite pour continuer à avoir la confiance de nos actionnaires, à rétablir les faits, dit-elle. La notoriété du Fonds a été un peu entachée dans les dernières semaines et on pensait que ça valait le coup. « Selon elle, plusieurs actionnaires ont contacté le Fonds pour se dire satisfaits.