Habib a une cinquantaine de points de suture à la tête pour lui rappeler la violente agression raciste dont il a été victime l'été dernier au centre-ville de Montréal. Son agresseur, un néonazi de 17 ans, ne le connaissait pas. Il a attaqué Habib pour une seule raison: son origine arabe.

Mis à jour le 26 févr. 2009
Caroline Touzin LA PRESSE

Un regard a suffi pour faire exploser la violence du jeune adepte de la suprématie blanche. Hier, leurs regards se sont de nouveau croisés. Cette fois-ci, ils étaient dans la même salle d'audience du tribunal de la jeunesse à Montréal. Habib, 20 ans, était en sécurité. Son agresseur a écopé d'une peine de deux ans de mise sous garde fermée. L'agresseur est aujourd'hui âgé de 18 ans, mais on ne peut l'identifier puisqu'il était mineur au moment des faits. Ses victimes, dont Habib, ont demandé à garder l'anonymat.

L'agression

Vers 1h30 le 24 août dernier, l'agresseur se promène avec deux amis rue Sainte-Catherine. Ils croisent un groupe de sept jeunes d'origine arabe. Le jeune néonazi se met à les insulter. Et il n'en reste pas là. Il sort un couteau de barbier et saute sur Mounir, l'un des amis d'Habib. Il le frappe à la tête et au dos. Habib se porte à sa défense. Il est poignardé à son tour. Il subit trois lacérations profondes à la tête.

Le jeune néonazi s'enfuit à bord d'un taxi en compagnie de ses deux amis. Il déverse alors sa rage sur le chauffeur, aussi issu d'une minorité visible. Assis à l'arrière de la voiture, l'adolescent lui assène des coups de poing dans le dos. Le chauffeur immobilise la voiture. Le jeune en sort et abîme le pare-brise. Il continue à proférer des insultes à l'endroit des immigrants jusqu'à ce que les policiers l'interceptent, au coin de Saint-Urbain et De Maisonneuve.

Transporté à l'hôpital pour une blessure à la main qu'il s'est faite lui-même durant la bagarre, il y répétera des propos racistes. Habib et Mounir seront aussi hospitalisés. Habib a perdu tellement de sang qu'il a dû recevoir plusieurs transfusions.

Deux jours après l'agression, l'adolescent a plaidé coupable à quatre chefs d'accusation de voies de fait graves, voies de fait (deux) et possession d'une arme dans un dessein dangereux pour la paix publique.

«D'une gravité hors du commun»

«Les délits reprochés sont d'une gravité hors du commun», écrit la juge de la Cour du Québec Élaine Demers dans son jugement sur sentence de 25 pages rendu, hier. Le jeune homme a des antécédents «imposants» et de nature similaire. Il adhère depuis quelques années à des valeurs d'extrême droite, relativement entre autres à la suprématie de la race blanche, a souligné le magistrat.

Une douzaine de tatouages sur son corps en font foi. Ils font tous référence à la haine, la violence et la suprématie blanche. L'un d'eux, en forme de toile d'araignée, indique que son porteur a déjà commis un crime raciste, a expliqué au tribunal un expert en crimes haineux à la police de Montréal, Alain Décarie, lors des plaidoiries sur la sentence.

Cette agression est «clairement un crime haineux, relié à l'origine ethnique», a tranché la juge. Des photos de l'accusé sur le site Nazi Watch Canada, ont aussi contribué à la convaincre. «Les peines sont généralement plus sévères pour ce genre de crime compte tenu entre autres de l'impact social que cela peut générer parce que ces crimes vont à l'encontre des valeurs démocratiques reconnues dans notre société où l'on vénère la paix, la tolérance et le respect des autres», a écrit la juge. Le magistrat a ordonné la peine la plus sévère possible en vertu de la Loi sur le système de justice pour les adolescents. Fait rare : elle a décidé de ne pas tenir compte du temps purgé en détention préventive.

Selon un rapport présentenciel, le jeune homme ne reconnaît pas ses torts. Il se considère comme une victime dans cette affaire. Ses parents sont quant à eux dépassés par les événements, puisqu'à la maison, il respecte les règles, a témoigné son père plus tôt dans le processus judiciaire.

«Le passé, de même que la situation actuelle de cet adolescent laissent entrevoir un futur peu rassurant, pour tous, s'il demeure tel qu'il est présentement», s'inquiète aussi le magistrat.

Séquelles psychologiques

L'une des victimes, Habib, est «soulagée» de la sentence. Mais la page n'est pas tournée pour autant. «Je n'aurais jamais cru que ça pouvait m'arriver au Canada, indique le jeune Maghrébin. J'ai cru que j'allais mourir. Le physique, maintenant, ça va. Mais pas le psychologique», a-t-il résumé à La Presse, en regardant par terre. Il est incapable de sortir de chez lui seul. «Je ne sors plus du tout», insiste-t-il. Avant l'agression, il vivait en appartement. Aujourd'hui, il est retourné chez ses parents. Accompagné de deux amis, il a assisté à toutes les étapes du processus judiciaire. «Ce gars-là est dangereux. Il fallait que la juge soit sévère», dit le jeune homme, dont la longue cicatrice sur le front est très visible.

La procureure de la Couronne, Me Anne-Claire Perron, est satisfaite de la sentence. «Le jeune homme a commis un geste injustifiable dans la société», a-t-elle dit. De son côté, l'avocat de la défense, Me Marc Castonguay, réclamait sept mois de mise sous garde fermée. Il n'a pas commenté, hier.

La juge a ordonné au jeune homme de suivre des thérapies pour régler ses problèmes d'alcool et de violence. Son présumé complice lors de l'agression, Julien-Alexandre Leclerc, 20 ans, est accusé des mêmes crimes au palais de justice de Montréal. Il retourne en cour le 25 mars.