Pour avoir piraté un film dans un cinéma, Louis René Haché ne pourra pas aller au cinéma pour les deux prochaines années.

Christiane Desjardins LA PRESSE

L'homme de 25 ans, qui s'est avoué coupable d'avoir enregistré illégalement une oeuvre cinématographique, devra aussi exécuter 120 heures de travaux communautaires, comme l'a ordonné la juge Céline Lamontagne, hier, au palais de justice de Montréal.

 

Haché est le premier au Québec, et le troisième au Canada, à être condamné pour cette infraction entrée en vigueur au Canada en 2007. Il s'est fait prendre la main dans le sac, pour ne pas dire le doigt sur le bouton de la caméra, le 26 octobre 2007, au cinéma Guzzo de la rue Lacordaire, à Montréal. Il était tard le soir, M. Haché était l'un des rares spectateurs dans la salle. Posée sur un petit trépied, sa caméra filmait discrètement le film Dan in Real Life. Il s'est fait prendre par le dispositif de sécurité, justement mis en place pour détecter le piratage. Depuis un certain temps, le cinéma était aux prises avec ce problème, qui avait de graves répercussions financières et minait ses relations avec ses distributeurs.

Guzzo, qui exploite plusieurs cinémas, avait été informé que 25 films qui circulaient sur l'internet avaient été piratés dans son cinéma de la rue Lacordaire. Il est possible de connaître ce genre d'information en raison d'un code qui apparaît sur le film mais qui est apparemment invisible à l'oeil nu. Le distributeur avait averti Guzzo d'être à l'affût. Twentieth Century Fox avait même refusé d'envoyer deux films à Guzzo en raison du problème de piratage, ce qui aurait fait perdre à ce dernier 200 000$ en entrées et 80 000$ en revenus de concession.

«Les gens pensent que c'est cool de télécharger des films. Mes enfants vont à l'école et c'est l'opinion qui circule. Ils n'en réalisent pas l'impact. Et ce ne sont pas seulement des films américains qui sont piratés. Les productions d'ici aussi le sont», a dit Vince Guzzo, vice-président-directeur de l'entreprise, en sortant de la salle d'audience, hier.

Les motifs

Me Richard Brouillard, avocat de l'accusé, croit que son client n'a pas fait d'argent avec ce procédé. Selon l'enquête policière, Haché aurait toutefois avoué avoir reçu des sommes en provenance du Pakistan, après avoir téléversé des copies de films. Cela n'a cependant pas été mis en preuve parce que les propos de Haché n'ont pas été recueillis dans les règles. En fait, il aurait été interrogé pendant quelques heures au cinéma même avant d'être livré à la police.

Père d'un enfant, M. Haché n'avait pas d'antécédent judiciaire jusqu'à hier. Il travaille en informatique et poursuit des études, selon les plaidoiries faites hier. La procureure de la Couronne Maryse Trudel et Me Brouillard ont suggéré de façon commune la peine qui a été entérinée par la juge. Soulignons enfin que M. Haché n'a pas le droit de communiquer avec des gens associés de près ou de loin au piratage de films, y compris Geremi Adam, qui est en attente de procès pour le même type d'infraction.