(Ottawa) Le gouvernement Trudeau voit-il des élections dans un avenir pas si lointain ? Tout en s’en défendant, il a tout de même limité les débats sur un projet de loi visant à encadrer de possibles élections fédérales en temps de pandémie — grâce à l’appui du NPD, et au grand dam des conservateurs et des bloquistes.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

Le ministre qui parraine la mesure législative C-19, Dominic LeBlanc, a plaidé que l’obstruction avait assez duré en déposant une motion d’attribution de temps qui a été adoptée à 176 voix contre 155 à la Chambre des communes, lundi après-midi.

La motion a été approuvée grâce au soutien du Nouveau Parti démocratique (NPD).

Dans les banquettes du Parti conservateur et du Bloc québécois, on s’y est opposé. Les deux formations ont soulevé l’ironie de limiter les débats parlementaires sur un projet de loi visant à réformer le fonctionnement du système démocratique canadien.

Le leader de l’opposition en Chambre, Gérard Deltell, s’est insurgé sur Twitter.

« Imposer le bâillon sur le projet de loi C-19 concernant l’élection en temps de pandémie est une contradiction absolue : limiter le temps de parole parlementaire pour un projet de loi sur la démocratie électorale ! », a-t-il dénoncé.

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet était lui aussi mécontent de la tournure des évènements. « Est-ce qu’on est profondément contre l’idée de dire : ‟Ben si ça devait arriver, est-ce qu’on peut y penser ?” Non », a-t-il expliqué en point de presse, lundi.

À ses yeux, cela ne fait que démontrer les velléités électorales du gouvernement Trudeau. Et si lui-même a confessé son impatience d’en découdre, il martèle que la population ne veut pas recevoir un appel aux urnes dans un contexte de pandémie.

« Je vais vous faire un aveu : s’il n’y avait pas de pandémie, j’aurais hâte d’aller en élections, moi. Ça me démange. […] Mais on comprend que la population du Québec ne veut pas d’élections en temps de pandémie. […] Conséquemment, il ne doit pas y avoir d’urgence », a affirmé le leader du Bloc québécois.

Plus de flexibilité

Le projet de loi C-19 a été déposé en décembre dernier.

Il imposerait deux jours additionnels de vote en personne pour permettre une distance physique aux bureaux de scrutin, permettrait aux électeurs de s’inscrire en ligne pour voter par la poste et prévoirait l’installation de boîtes de dépôt sécurisées pour s’assurer que les bulletins de vote puissent être retournés à temps.

Il donnerait également à Élections Canada la flexibilité de déterminer le moyen le plus sûr de voter dans les établissements de soins de longue durée, dont les résidants sont les plus vulnérables aux effets mortels de la COVID-19.

Le 26 mars dernier, le ministre LeBlanc avait exhorté les chefs de l’opposition à faciliter son cheminement.

« Le cours de la pandémie demeure incertain, et une élection pendant la pandémie est une possibilité à laquelle nous devons être préparés », avait-il plaidé, insistant sur l’importante de s’assurer de la capacité des citoyens à « exercer en toute sécurité leur droit démocratique de vote ».

Le patron d’Élections Canada, Stéphane Perrault, avait demandé au mois d’octobre dernier « d’adopter, en réponse aux circonstances actuelles, des mesures législatives temporaires qui permettront d’apporter les ajustements souhaitables, mais qui laisseront la Loi et le système électoral inchangés une fois la pandémie terminée ».

Avec La Presse Canadienne